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Tour de France: le maillot jaune, un sparadrap parfois encombrant
Le maillot jaune a beau peser de tout son prestige et être l'objectif ultime de tous les cadors lorsque Paris s'approche, certains favoris tentent parfois de s'en délester pour éviter un protocole chronophage et énergivore et se libérer du contrôle de la course, à l'image de Tadej Pogacar mardi.
L'équipe UAE menée par le Slovène a pris "la décision délibérée" d'abandonner le maillot jaune sur les routes arides entre Carcassonne et Foix, affirme sans détour le quadruple vainqueur du Tour Christopher Froome.
Après une journée passée sous des températures dépassant souvent les 40 C°, Pogacar a du s'en féliciter dans les minutes suivant l'arrivée, lorsqu'il a pu se renverser de l'eau glacée sur le crâne et la nuque, les pieds dans un grand bac transformé en mini-piscine.
En laissant l'échappée du jour prendre une large avance, ses hommes ont permis au Norvégien Torstein Traeen de prendre la tête du classement général, évitant ainsi à "Pogi" de répondre à toutes les obligations protocolaires inhérentes à une machine aussi imposante que la Grande Boucle.
- Podium et interviews -
"C'est difficile à mesurer, mais certains jours il y a beaucoup de stress avec les médias, d'autres jours c'est plus facile, ça dépend des jours", expliquait le double champion du monde, qui s'est parfois montré ostensiblement lassé par la lourdeur des impératifs auquel il devait obéir par le passé.
"Mais aujourd'hui (mardi) j'aurai une heure et demie d'obligations en moins, donc forcément ça aide à la récupération", ajoutait-il, tout sourire à l'ombre du car de son équipe.
Dans les faits, le maillot jaune doit, à l'issue de l'étape, répondre à une interview très vite après son passage sur la ligne puis peut s'installer sur des rouleaux pour redescendre en pression. Il se change ensuite avant de recevoir son dû sur le podium, signe au passage quelques maillots, répond aux questions des journalistes en zone mixte puis devant la salle de presse, en visioconférence avant de filer au contrôle anti-dopage.
Après avoir rempli toutes ces obligations, il peut prendre la route de son hôtel dans la voiture de son équipe, escortée par un membre de la garde républicaine dédié.
"C'est sûr que c'est une grosse, grosse perte de temps, mais on est obligés de passer par là, c'est sympa, mais on perd facilement une heure, une heure et demie à chaque fois, et ce temps-là, c'est énorme", estime Lenny Martinez, qui a porté le maillot à pois durant quatre jours l'année dernière et a donc dû se plier à une partie de ce protocole.
- "Contrôle de la course" -
Un coureur comme Pogacar "perd" ainsi un temps précieux où "il pourrait littéralement être à l'hôtel les pieds en l'air, et récupérer ou recevoir des soins du kiné et des soigneurs", affirme à l'AFP Christopher Froome, qui sait de quoi il parle avec 59 jours en jaune.
Lâcher la tunique, ou éviter de la prendre trop tôt, permet donc de ne pas se disperser dans une course où chaque once d'énergie compte.
Et avec près de huit minutes d'avance pour Traaen, plutôt bon grimpeur, UAE s'est "enlevée la pression du contrôle de la course pour au moins trois jours", assure Chris Froome.
Avec des étapes réservées aux sprinteurs mercredi à Pau et vendredi à Bordeaux, le Slovène peut même espérer frapper un grand coup sur ses rivaux dans le Tourmalet et dans la montée vers Gavarnie jeudi, tout en s'offrant le luxe de se passer du maillot jaune que Traeen cherchera à conserver.
"On espère le garder aussi longtemps qu'on le pourra et si on y arrive demain (jeudi), on peut l'avoir pour un long moment", assène le Norvégien Anders Johannessen, le compatriote et coéquipier chez Uno-X du nouveau leader du général.
Tant qu'il l'a à Paris le 26 juillet prochain, Pogacar ne dira pas non.
A.Ammann--VB