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Du bout du monde à son sommet, le navigateur Maxime Sorel raconte son ascension de l'Everest
"Je ne me suis jamais autant senti en danger que sur la montagne". De retour du sommet de l'Everest, qu'il a atteint mi-mai, le skipper français Maxime Sorel, 10e du dernier Vendée Globe, évoque ce double accomplissement hors du commun.
A quelques jours des 70 ans de la première conquête de l'Everest, réalisée le 29 mai 1953 par le Néo-Zélandais Edmund Hillary et le sherpa Tenzing Norgay, un autre exploit inédit a eu lieu à 8.848 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Maxime Sorel, 36 ans, est devenu dans la nuit du 17 mai au 18 mai le premier homme de l'histoire à avoir terminé un Vendée Globe, périlleux tour du globe à la voile en solitaire, et à être parvenu sur le toit du monde, avec un appareil à oxygène.
"C'était assez fort (...). Je me suis mis à regarder les étoiles car il y avait une belles nuit et je me suis dit que je ne les verrais plus jamais d'aussi proche", se souvient le natif de Saint-Malo, de retour à Paris après plus de 40 jours d'expédition au Népal.
- A bout de souffle -
Le périple a été éprouvant pour le marin de l'écurie V and B - Monbana - Mayenne. Arrivé début avril à Katmandou, accompagné de l'alpiniste Guillaume Vallot, avec qu'il s'est longtemps préparé dans les Alpes, Sorel entame quatre semaines d'acclimatation à la haute altitude.
"Là, on commence à sentir le corps qui est en lutte parce qu'il n'y a pas beaucoup d'oxygène. Rien que le fait d'aller aux toilettes au camp de base (5.364 mètres), on est essoufflé. On vit malade, comme si on avait une bronchite en permanence", raconte le 10e du dernier Vendée Globe.
C'est pourtant là que le plus dur commence. L'équipage entame l'ascension le 16 mai, mais deux membres s'arrêtent en cours de route faute de pouvoir s'habituer à l'altitude et au froid, atteignant jusqu'à -40°C avec les bourrasques. Le navigateur décide tout de même de continuer avec un sherpa.
"Je n'ai jamais pensé abandonner. Je mettais un point d'honneur absolu à vouloir atteindre ce sommet (...) J'avais juste peur d'un truc. C'est que cette envie dépasse la raison et que, physiquement, je n'arrive pas à capter les signaux de mon corps", relate Sorel.
- Code wi-fi -
La sensation glaciale qui mord ses doigts de pied disparait petit à petit, pendant les derniers efforts. "On se met à cogiter, à perdre un peu la tête. Pour garder l'esprit au clair, je récitais le code wi-fi du camp de base en boucle", explique-t-il.
C'est lors de la descente, alors que le jour se lève, qu'il réalise enfin et trace des comparaisons avec son aventure sur le Vendée Globe. "C'est incroyable (...). Dans les mers du Sud, il y a (aussi) cette espèce d'immensité infinie où il n'y a rien", estime le trentenaire.
Ce projet, lancé en 2017 pour "mettre en avant l'association Vaincre la Mucoviscidose", le marin l'a vécu comme plus dangereux qu'un tour du monde en solitaire.
"Sur le Vendée, il s'est passé plein de péripéties, le bateau qui se couche, le mât qui touche l'eau. J'ai eu peur de ne pas finir la course, mais je n'ai jamais eu peur pour moi car il y a cette boîte de protection. Là, c'est ton corps qui prend tout", dit celui qui a effectué le tour du monde en 82 jours en 2021.
Une durée qui lui laisse penser que "l'Everest des Mers" reste en revanche le défi le plus exigeant physiquement. "Sur l'ascension, la grosse intensité dure cinq jours. Un Vendée Globe, c'est un peu comme si on avait gravi plusieurs fois l'Everest", affirme Sorel.
C.Kovalenko--BTB