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Borne au chevet de Mayotte, rattrapée par l’insécurité
Entre sifflets et colliers de fleurs, Elisabeth Borne, venue vendredi à Mayotte avec plusieurs annonces sur l'eau, le logement et la santé, a été interpellée sur l’insécurité qui inquiète les habitants de ce département miné en outre par une grave sécheresse et la pression migratoire des Comores voisines.
Accueillie par des chants traditionnels et des colliers de fleurs à l'aéroport de Petite-Terre, la cheffe du gouvernement, accompagnée par deux ministres, Aurélien Rousseau (Santé) et Philippe Vigier (Outre-mer), s'est d'abord penchée sur la pénurie d'eau, à laquelle les habitants n'ont accès qu'un jour sur trois.
C'est cette crise qui a motivé au départ le déplacement. Mais cet archipel de l'océan Indien de 310.000 habitants, où Marine Le Pen a réuni près de 60% des suffrages à la dernière présidentielle, est aussi secoué depuis plusieurs semaines par des affrontements entre villages qui ont conduit à l'envoi de renforts en gendarmes.
- Une "prison" -
Après la visite d'une usine de dessalement, qui doit être agrandie, la Première ministre a assisté à une distribution d'eau en bouteilles. Une mesure qui, comme la prise en charge des factures ou les aides aux entreprises, va se poursuivre "aussi longtemps que nécessaire".
"Vous êtes bienvenue à Mayotte mais il y a un +mais+. Avant on vivait librement maintenant on est en prison" avec l'insécurité, l'a interpellée une élue locale. "Liberté égale à quoi chez nous? La prison. Egalité égale à quoi chez nous? La tuerie malheureusement" et "la fraternité égale à quoi chez nous? La soif", a-t-elle déploré.
"On voit bien que la crise de l’eau se rajoute à toutes les crises qui existent", lui a répondu Mme Borne. L'archipel est confronté à sa pire sécheresse depuis 1997, aggravée par un manque d'infrastructures et d'investissements.
Sur l'insécurité, qu'elle doit évoquer en soirée, "la violence que vous vivez ce n'est pas normal", a reconnu la Première ministre.
A son arrivée à Mamoudzou, la cheffe du gouvernement a été accueillie par une petite centaine de manifestants munis de sifflets qui criaient "on en a marre". "Mayotte, paradis transformée en enfer", pouvait-on lire sur une banderole, face à la barge menant au chef-lieu, de laquelle Elisabeth Borne est descendue vêtue d’une robe traditionnelle.
Des représentants de ce rassemblement ont été reçus par M. Vigier.
- "Pas digne" -
Elisabeth Borne s'est ensuite frayé un chemin dans les dédales boueux d'un bidonville à Koungou (nord-est), quadrillé pour l'occasion par l'armée et qui doit prochainement être démantelé. Elle y a annoncé la création d'une opération d’intérêt national sur trois communes pour aider au relogement de ses habitants.
"Ce n'est pas digne de notre pays", a jugé Mme Borne, déterminée à "renforcer la lutte" contre l'immigration illégale, qui est une "partie de l'explication" de ces bidonvilles, et "au-delà" à proposer des logements "dignes" aux personnes qui sont en situation régulière.
Les clandestins "on ne va pas les reloger", a-t-elle assuré, mais sans s'avancer sur le délit de séjour irrégulier réclamé par LR et regardé de près par M. Darmanin, ne souhaitant "pas anticiper" les débats au Parlement.
La moitié de la population ne possède pas la nationalité française à Mayotte, selon l'Insee, même si un tiers des étrangers sont nés sur l'île. Et environ 30% des logements sont de l’habitat insalubre.
Mas les résultats se font attendre. Les opérations contre les bidonvilles ont permis de détruire environ 700 habitats informels (ou cases) cette année, contre 1.600 en 2021. Le nombre d'expulsions d'immigrés illégaux a baissé: environ 22.000 depuis le début de l'année, contre 25.000 en 2022.
Sur l'insécurité, "clairement on ne va pas laisser des zones de non droit, (...) on réagira", a promis sur la radio Kwezi la Première ministre qui entend renforcer les moyens de l'opération Shikandra de lutte contre l'immigration irrégulière.
Au conseil départemental, Elisabeth Borne a signé une "convention financière" par laquelle l'Etat apporte 100 millions d'euros en 2024 à la petite enfance, dont les dépenses explosent avec la croissance démographique.
Elle visitera aussi l'unique hôpital de Mayotte, qui manque cruellement de soignants, pour y annoncer son extension.
S.Spengler--VB