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ALEX BODI ȘI AMBASADORUL REPUBLICII SUDANUL DE SUD, GUM DOMINIC MATIOK, DISCUTĂ LA BERLIN DESPRE POSIBILITATEA ÎNFIINȚĂRII UNUI CONSULAT ONORIFIC LA BUCUREȘTI
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A Lewiston, ville fantôme, les habitants terrés chez eux pendant la traque du tueur
Quand Kyle Green et sa compagne ont appris qu'un homme armé venait de commettre un carnage tout près de chez eux à Lewiston et qu'il était en fuite, ils ont "lentement baissé les stores" pour ne pas effrayer leurs enfants et prétexté une soirée "film en famille" pour éteindre toutes les lumières.
Ils ont ensuite verrouillé les portes et se sont tous installés devant un écran dans une chambre à l'étage avec leurs deux chiens. Les enfants, âgés de 10 et 12 ans, se sont assoupis. Mais "nous, (les parents), nous sommes relayés" pour dormir, afin de monter la garde jusqu'au matin, explique cet ingénieur informaticien de 40 ans à l'AFP devant sa maison.
Dormir est d'ailleurs un bien grand mot, dit-il. Car comment fermer l'oeil avec l'"incertitude"? "Où est" le tueur "maintenant? Est-il dans les parages? C'est un sentiment terrible", ajoute-t-il, en s'éclaircissant la gorge pour cacher son émotion.
Comme nombre de ses voisins dans cette rue calme et arborée de Lewiston, deuxième ville de l'Etat du Maine avec ses quelque 36.000 habitants, il peine à digérer ce qui s'est passé.
Au moins 18 personnes ont été tuées mercredi soir dans la fusillade au Just-In-Time, un bowling, et au Schemengees, un bar-restaurant. Le suspect est un réserviste de l'armée toujours recherché, que les photos montrent avec un fusil de type semi-automatique.
- Toboggans vides -
Jeudi, Lewiston était quasiment une ville fantôme. Les habitants ont reçu l'ordre de se confiner, les écoles ont fermé leurs portes et le parking du lycée a été investi par des policiers en treillis, armés jusqu'aux dents.
Pharmacies ou restaurants, l'écrasante majorité des commerces étaient fermés. Les rues où se trouvent les établissements visés ont été bloquées par la police, entourées par les cordons jaunes caractéristiques des scènes de crime.
Quelques voitures passent bien de temps en temps, mais les poubelles n'ont pas été ramassées, il n'y a pas âme qui vive dans les jardins des maisonnées, pas d'enfants dans les balançoires et sur les toboggans. Parfois quelqu'un passe la tête derrière un rideau.
"Restez chez vous", clignote un panneau électrique dans le centre-ville.
Debra Wright, 71 ans, n'est sortie de chez elle que parce que son mari a eu un malaise et a dû être hospitalisé - et aussi pour chercher à manger. L'hôpital étant également soumis à l'ordre de verrouiller ses accès, le médecin est venu la rassurer sur l'état de son époux sur le parking.
Mercredi soir, ils venaient de se mettre à table quand elle a entendu hurler les sirènes de la police et des ambulances. Le Schemengees est à trois minutes en voiture de chez elle.
"Quand on a appris ce qui s'était passé, j'étais terrifiée", dit-elle à l'AFP au volant de sa petite voiture vert pomme.
"Vous savez, le Maine, ce n'est pas comme ça d'habitude. J'ai vécu ici toute ma vie", explique-t-elle. Mais "je ne me sentirai plus en sécurité comme avant", déplore-t-elle.
Comme elle passera probablement la nuit seule chez elle, elle ne peut s'empêcher d'être inquiète. Mais elle se rassure en se rappelant qu'elle a par le passé installé des verrous sur ses portes. "Et j'ai mes chiens", dit-elle.
- Aucun espoir -
Dans cette localité réputée tranquille, les fusillades ont été un choc.
"C'est différent quand ce genre de tragédie se produit dans votre ville", dit à l'AFP Anthony Nadeau, qui vient de finir de fumer une cigarette sur son porche. Ce quadragénaire qui travaille pour l'Etat du Maine, confiné chez lui puisque les administrations sont fermées, est un ami des propriétaires du Just-In-Time et a passé plusieurs soirées au Schemengees Bar.
L'air grave, visiblement touché par les événements, il juge qu'en matière de limitation des armes "le Maine et beaucoup d'Etats (...) pourraient faire un peu plus, au vu du passif en termes de violence par arme à feu aux Etats-Unis".
Kyle Green n'a lui aucun espoir sur ce sujet.
"J'aimerais beaucoup vous dire que c'est LA (fusillade) qui va provoquer une réaction. Mais (...) ce ne sera pas le cas", lâche-t-il. "Elle finira par être traitée comme toutes les autres tueries", dit-il, l'air résigné.
B.Baumann--VB