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Grèce: le père d'une victime de la catastrophe ferroviaire de 2023 en grève de la faim devant le Parlement
Sur le parvis du Parlement grec à Athènes, Panos Ruci, le père d'une victime de la pire catastrophe ferroviaire survenue en Grèce, entame son douzième jour de grève de la faim, entouré chaque jour par des dizaines de personnes venues le soutenir.
La photo de Denis, son fils de 22 ans, au large sourire, trône devant le mémorial improvisé pour les cinquante-sept personnes tuées le 28 février 2023 lors d'une collision ferroviaire qui a bouleversé la Grèce et suscite toujours, deux ans et demi plus tard, colère et demande de justice.
Ce soir-là, un train de passagers à destination de Thessalonique (nord) dans lequel voyageait le fils de M. Ruci et un train de marchandises se sont heurtés frontalement, près de Tempé (centre) après avoir circulé sur la même voie pendant plusieurs minutes sans qu'aucun système d'alerte ne soit déclenché.
Depuis, le lourd bilan humain, les retards criants dans la modernisation des systèmes de sécurité des chemins de fer et les failles présumées de l'enquête ont fait descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues, sur fond de défiance vis-à-vis du monde politique.
Devant la tombe du soldat inconnu face au Parlement, en plein cœur de la capitale grecque, les noms des morts sont inscrits à la peinture rouge à même le sol.
Des fleurs, des bougies, des petits mots ont été déposés à la mémoire des victimes de ce drame que le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis avait qualifié de "traumatisme national".
Sur de larges pancartes, Panos Ruci explique sa décision de cesser de s'alimenter.
"J'exige dès maintenant l'autorisation d'exhumation (du corps de) mon fils par le procureur", a-t-il inscrit.
"Depuis deux ans et demi, je suis incapable de trouver justice...", a-t-il aussi confié à l'AFP malgré son affaiblissement physique.
- Vérité -
"Je suis très fatigué. Ce qui m'importe, c'est juste d'obtenir la vérité sur ce qui est arrivé à nos enfants", lâche-t-il devant des chauffeurs de taxi venus le soutenir.
Le gréviste de la faim de 48 ans assure ne pas être certain que les restes humains qu'il a enterré dans une infinie douleur soient ceux de son fils.
Alors que l'enquête s'est achevée fin août, des familles de victimes soutiennent que des preuves précieuses ont été perdues sur le site de l'accident sur lequel une chape de béton a été coulée peu après.
Des analyses toxicologiques n'ont pas été réalisées pour déterminer si le train transportait des produits chimiques non déclarés, soulignent-elles également.
La présidente de l'association des familles de victimes, Maria Karystianou, a également demandé l'exhumation du corps de sa fille, soulignant que "les tests ADN de (sa) fille sont totalement absents du dossier".
La procureur de Larissa a annoncé vendredi accepter la demande d'exhumation pour le fils de Panos Ruci et que les autres demandes d'autres parents seront étudiées ultérieurement.
Avec sa casquette noire enfoncée sur le crâne et ses traits tirés, M. Ruci reçoit chaque jour la visite d'hommes politiques, de syndicalistes ou de simples citoyens.
- Bataille -
"Nous laissons de côté nos propres problèmes pour être aux côtés d'un père qui mène la bataille la plus difficile de sa vie", soutient Petros Diplaris, vice-président de l'Association des chauffeurs de taxi de l'Attique.
Kostas Kapis, la soixantaine, ne cache pas sa colère.
"Cette histoire me révolte", tempête-t-il. "(Plus de) deux ans après, nous ne savons pas exactement ce qu'il s'est passé!".
Plus de 40 personnes ont été poursuivies dont le chef de gare responsable de l'aiguillage des trains cette nuit-là.
Deux hauts responsables, dont l'ancien ministre des Transports au moment de l'accident, ont été renvoyés devant la justice.
Vassilis, 22 ans, donne libre cours à son indignation.
"Cette catastrophe reflète toute la situation de décrépitude dans lequel se trouve notre pays", lâche le jeune homme qui n'a pas souhaité donner son nom de famille. "Nous ne pouvons pas avoir confiance dans les transports publics. Sans parler de l'hôpital ou de l'école publics!".
Sommé de réagir, le gouvernement a assuré via son porte-parole que le gouvernement se trouve "d'un point de vue humain aux côtés de ce père".
Mais Athènes ne peut interférer dans les procédures judiciaires, a insisté Pavlos Marinakis.
T.Germann--VB