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"C'est pas Versailles ici!": quand des militants éteignent la lumière
"C'est pas Versailles ici!": les enseignes lumineuses allumées en soirée dans des commerces parisiens vides ne sont pas du goût de militants de la cause climatique, qui patrouillent pour dénoncer ces entorses à la sobriété et vont parfois jusqu'à éteindre la lumière.
A 21H00, une vingtaine d'activistes d'Extinction rebellion se mettent en cercle pour écouter un briefing avant l'action de la soirée dans le centre de la capitale.
"On évite absolument de partir en courant" en cas de rencontre avec les forces de l'ordre, prévient "Joad", un militant expérimenté qui énumère les risques juridiques et les consignes en cas de garde à vue.
L'action du soir, qui se veut strictement non violente, vise les commerces allumés toute la nuit après le départ des clients et les écrans ou panneaux publicitaires lumineux. Les outils sont répartis entre les militants, jeunes pour la plupart: affiches, rouleau adhésif, colle et cannes télescopiques, qui permettent d'atteindre un interrupteur pour éteindre certaines enseignes depuis l'extérieur des magasins.
"C'est bien de parler mais c'est bien aussi d'agir en fonction de nos convictions", témoigne "Sasha Weng", nouvelle dans l'organisation.
Après une demi-heure de préparation, deux groupes filent dans les rues de Paris. L'équipe de Joad s'engouffre dans le Marais, quartier vivant où les boutiques de vêtements de luxe ou de cosmétiques brillent pour la plupart de mille feux bien après leur fermeture.
- "Double discours" -
Un premier commerce de bijoux au style gothique voit sa vitrine recouverte d'une affiche au ton didactique: "Alors que des millions de personnes ont des difficultés financières pour se chauffer et s'éclairer cet hiver et que des coupures de courant sont à craindre, il ne nous semble pas raisonnable de laisser des commerces éclairés à des seules fins de publicité".
Suivront des dizaines d'affiches similaires scotchées sur des opticiens, chausseurs, parfumeurs, vendeurs de matelas... Un célèbre fabriquant de jeans voit son enseigne extérieure rouge subitement éteinte à l'aide d'une canne --même si les spots restent tous allumés à l'extérieur.
"C’est très symbolique parce qu’on est conscients que la dépense énergétique des panneaux lumineux ne représente qu’un tout petit pourcentage de la consommation énergétique du pays", admet "Pikou", qui milite depuis deux ans.
Mais il espère que le message passera face au "double discours" du gouvernement: "On demande d’un côté aux gens d'être plus sobres mais, de l'autre côté, on n'interdit pas aux entreprises de les pousser à la surconsommation".
Le gouvernement s'est pourtant déjà saisi du sujet: un décret généralise l'extinction des lumières des magasins et des publicités lumineuses entre 01H00 et 06H00 à partir du 1er juin 2023. La mairie de Paris va plus loin en demandant l'extinction des publicités lumineuses dans ses rues la nuit --de 23h45 à 06h00-- à partir du 1er décembre.
- "Honte" -
Les militants continuent de se faufiler dans les rues de Paris, parmi de nombreux badauds qui profitent de la douceur de l'automne et manifestent parfois leur soutien.
"Je suis totalement d'accord avec eux", approuve Federica, touriste milanaise, intriguée par le manège des militants, qui viennent d'éteindre un grand panneau publicitaire lumineux. Anna, une passante, soutient aussi la lutte contre les "dépenses inutiles", une "honte".
Quand l'enseigne d'une boutique de mode s'éteint à son tour, quelques applaudissements fusent dans la rue. "Bravo!" s'écrie une dame.
Un commerce qui vante la qualité environnementale de ses vêtements à grand coup de slogans ("because there is no planet B") fait tiquer les militants. En cause: trois gros écrans lumineux dans la vitrine, bientôt recouverte d'affiches, apposées à la colle.
"On est dans une première phase de sensibilisation et de prévention", explique Joad, qui recevra le lendemain des messages positifs de certains commerces, prêts à éteindre plus tôt. "Pour les personnes qui continueront d'allumer et continueront ce gaspillage inutile, on passera à une phase 2 un peu plus audacieuse à partir de décembre", prévient-il.
M.Ouellet--BTB