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Entre salves et menaces, Iran et Etats-Unis s'enfoncent dans la guerre
Le rythme des frappes ne faiblit pas entre les Etats-Unis et l'Iran, plus d'une semaine après la reprise des hostilités autour du stratégique détroit d'Ormuz, et malgré les appels jeudi du médiateur pakistanais à renouer le dialogue.
"Les attaques se poursuivent et elles sont si violentes que j'en ai les mains qui tremblent", raconte à l'AFP Hani, un professeur iranien de 34 ans habitant la ville d'Ahvaz (sud-ouest). "Il y a eu au moins 11 ou 12 explosions. J'ai l'impression que mes oreilles vont exploser".
Les Etats-Unis ont lancé au cours des dernières 24 heures deux nouvelles salves de bombardements sur l'Iran, qui a riposté en ciblant des pays de la région alliés de Washington - dans un scénario qui se répète à l'identique depuis plusieurs jours.
Et comme au plus fort de la guerre, les avertissements fusent des deux côtés: si les installations pétrolières et gazières du Golfe ont pour l'heure été épargnées, Téhéran a menacé de réduire à néant des infrastructures du Moyen-Orient si les siennes étaient attaquées.
Le président américain Donald Trump avait affirmé mardi qu'il frapperait les ponts et les centrales électriques du pays si les Iraniens ne revenaient pas à la table des négociations.
Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, minant les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable au conflit.
Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains, il a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.
Le Pakistan, médiateur des discussions, a exhorté jeudi les deux parties à mettre "fin aux violences et à reprendre les discussions" dans le cadre du protocole d'accord signé mi-juin, qui a désormais volé en éclats.
Et Islamabad a appelé à un "retour à la normale dans le détroit d'Ormuz", à nouveau verrouillé par l'Iran le week-end dernier. En réponse, les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens.
- Hôpital évacué -
Dans le détroit, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié, avec seulement treize navires commerciaux recensés mardi par la société de suivi maritime Kpler.
Les cours du pétrole ont continué de faire du surplace jeudi après l'envolée du début de semaine, le baril de Brent oscillant autour de 85 dollars.
L'armée américaine assure avoir frappé des cibles militaires "utilisées pour menacer les navires transitant librement par le détroit d'Ormuz".
Mais l'Iran accuse Washington d'avoir aussi ciblé des infrastructures civiles, comme l'aéroport de Semnan, à 250 km de la capitale. Un hôpital d'Ahvaz (sud-ouest) a aussi été évacué à la suite de frappes américaines dans les environs, d'après les autorités qui ont dénoncé une "attaque barbare".
Des explosions ont aussi été entendues dans plusieurs villes côtières dont Bandar Abbas et Chabahar, ainsi que sur l'île de Qeshm, ont rapporté les médias d'Etat.
"Nous ne vivons pas, nous survivons. Que Dieu mette fin à la guerre, puis aux difficultés économiques", prie Nadin, enseignante de 27 ans, qui vit dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est).
A Téhéran, épargnée jusqu'à présent par les bombardements, la vie suit son cours et les habitants surveillent les derniers développements sans inquiétude perceptible, malgré l'activation cette nuit de systèmes de défense antiaériennes en périphérie.
Plus de trente civils sont morts depuis que les affrontements ont repris, selon le dernier bilan des autorités iraniennes, qui ont aussi fait état du décès de sept militaires.
- "Qui sera le prochain?" -
L'Iran a répliqué en visant au moyen de drones Bahreïn, le Koweït et la Jordanie. "Tous les jours, je me réveille en me demandant si la situation va s'apaiser ou empirer", témoigne auprès de l'AFP Moustafa Mohammed, comptable soudanais de 39 ans vivant au Koweït. "L'incertitude étreint tout le monde".
La guerre s'est aussi étendue à l'Irak, où le Premier ministre a condamné une "attaque de drones" près du consulat américain à Erbil, dans la région du Kurdistan, la première dans la zone depuis la trêve d'avril.
A Téhéran, après une bannière déployée en plein centre montrant le président américain dans un cercueil, un grand panneau rouge proclame, en anglais, "Qui sera le prochain?" (who is D nexT one?) avec le "D", stylisé pour représenter la célèbre mèche blonde du président, et le "T" - initiales de Donald Trump - en majuscules.
En dessous, figure le hashtag #lindseygraham, du nom du sénateur républicain décédé le 11 juillet, soutien de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.
burx-cgc/anb
P.Vogel--VB