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"Aucun repos": les marins indonésiens souvent maltraités sur les bateaux de pêche étrangers
Attiré par la promesse d'un bon salaire à bord d'un navire de pêche étranger, Akhmad a quitté l'Indonésie pour prendre la mer, subissant, comme beaucoup de ses compatriotes, des mois de mauvais traitements.
Selon les chiffres du gouvernement, l'Indonésie est l'un des principaux pourvoyeurs de main-d'oeuvre pour l'industrie mondiale de la pêche, avec plusieurs centaines de milliers de travailleurs migrants.
Nombre d'entre eux sont recrutés en ligne et embauchés sur des navires battant pavillon étranger sans être dûment informés de leurs droits, ce qui les expose à des violences, selon un rapport publié jeudi par l'ONG Environmental Justice Foundation (EJF), basée à Londres.
"Il n'y avait pas de moment de repos. Il fallait continuer à travailler", témoigne pour l'AFP Akhmad qui, comme beaucoup d'Indonésiens, ne porte qu'un seul nom.
"C'était très éprouvant. J'avais mal aux yeux (...) Si je commençais à somnoler, on m'ordonnait de me réveiller et de travailler", ajoute cet homme de 25 ans, qui a quitté Cirebon, sur la grande île de Java, en 2022, où l'AFP l'a rencontré.
Sur le thonier battant pavillon chinois, il n'avait droit qu'à quatre heures de repos par jour, affirme-t-il.
L'équipage avait peu de contacts avec le monde extérieur et subissait régulièrement des violences verbales et physiques, ajoute Akhmad.
En plus du thon, l'équipage pêchait également des requins, avant de leur couper les ailerons et de les rejeter à la mer, raconte-t-il encore.
La pratique connue sous le nom de "finning" est interdite dans de nombreuses zones protégées et dans de nombreux pays, notamment aux Etats-Unis et au sein de l'Union européenne, mais elle demeure une activité lucrative dans certaines régions du monde.
Jamaludin, un Indonésien ayant travaillé sur un autre navire battant pavillon chinois entre 2018 et 2020, affirme de son côté avoir été contraint d'obéir aux ordres du capitaine de prélever des ailerons de requin, même s'il savait que la pratique pouvait être illégale.
Ce pêcheur de 29 ans ajoute que le capitaine le couvrait d'insultes, en cas de retard dans l'installation du matériel de pêche ou si un outil venait à manquer.
Le capitaine retenait son passeport et il craignait de s'exposer à une sanction s'il partait prématurément. Il n'avait donc guère d'autre choix que d'aller au bout de son contrat.
- "Aucune issue" -
Jamaludin et Akhmad travaillaient tous deux sur des navires croisant au large de l'Afrique de l'Ouest et faisant escale à Dakar.
La capitale sénégalaise a servi de plaque tournante régionale pour le prélèvement d'ailerons de requins ces dernières années, selon le rapport d'EJF.
Selon Steve Trent, son directeur général, les violences et la mauvaise gestion étaient "systémiques" au sein de la flotte chinoise de pêche hauturière et, dans une moindre mesure, de la flotte taïwanaise, ces deux flottes dominant le secteur.
Les pêcheurs migrants se retrouvent facilement endettés avant même de commencer à travailler, ce qui les rend prisonniers d'un système de travail forcé pour dette, explique Callum Nolan, responsable de la recherche à l'EJF.
"C'est une exception pour nous de lire le témoignage d'un pêcheur indonésien ou philippin qui n'a pas eu à payer de frais de recrutement ni à subir de retenues disproportionnées sur son salaire", détaille encore M. Nolan.
Les équipages de pêche indonésiens trouvent généralement des opportunités d'emploi sur des navires étrangers via les réseaux sociaux, ce qui les rend vulnérables à l'exploitation, déclare Muhammad Kafandi, responsable de l'organisation de défense des droits des travailleurs PSP Indonesia.
- 300.000 Indonésiens -
Beaucoup sont poussés à travailler à l'étranger en raison du manque d'opportunités professionnelles dans leur pays, ajoute M. Kafandi.
Et bien que l'Indonésie dispose de réglementations visant à protéger les futurs migrants contre l'exploitation par les agences de recrutement d'équipages, leur application reste généralement lacunaire, indique-t-il encore.
Le gouvernement indonésien s'emploie à renforcer la supervision du recrutement et de l'orientation avant le départ, précise M. Dwiyono, secrétaire général du ministère chargé de la protection des travailleurs migrants.
Des campagnes d'information du ministère visent à garantir que "les candidats à un poste d'équipage choisissent des agents officiels [...] et comprennent leurs droits et obligations", ajoute-t-il.
Environ 300.000 Indonésiens travaillent sur des navires battant pavillon étranger, précise Heni Hamidah, directrice de la protection des citoyens au ministère des Affaires étrangères, citant une estimation du ministère des Transports.
Pour un travailleur comme Jamaludin, la perspective d'un revenu supérieur à celui qu'il aurait perçu en Indonésie l'a emporté sur les risques ou les mauvais traitements liés au travail.
"Il vaut mieux partir à l'étranger pour gagner, par exemple, 10 millions de roupies (environ 550 dollars par mois) et pouvoir ainsi épargner", admet-il.
J.Marty--VB