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La BCE maintient ses taux à un niveau record, pas de baisse rapide à l'horizon
La Banque centrale européenne a laissé inchangés jeudi ses taux directeurs, à un niveau record, écartant tout débat sur un prochain assouplissement dans un contexte où l'inflation recule, mais oblige à ne "pas baisser la garde".
Le principal taux directeur rémunérant les dépôts, référence pour le crédit en zone euro, a ainsi été maintenu à son niveau historiquement haut de 4,00%, qu'il avait atteint en septembre.
Clôturant également jeudi une année mouvementée, la banque centrale britannique a laissé son taux directeur inchangé à 5,25%, jugeant que des pressions inflationnistes persistaient, et que ses taux resteraient probablement élevés "sur une période prolongée".
Le message reste aussi à la vigilance pour les gardiens de l'euro qui ont douché les attentes des marchés en quête d'indices sur un calendrier d'abaissements des taux.
Le conseil des gouverneurs n'a "pas discuté du tout de baisses de taux" lors de sa réunion de politique monétaire, a affirmé la présidente de la BCE Christine Lagarde.
"Nous devons pas baisser la garde" malgré le net recul de l'inflation en zone euro, a-t-elle ajouté.
- Plateau de taux -
Certes la BCE n'estime plus que l'inflation va "toujours rester trop forte pendant une trop longue période" au regard de son objectif à 2%, selon la formule qui était répétée depuis septembre 2022.
Mais des risques inflationnistes demeurent, liés à l'évolution des salaires, à l'instabilité géopolitique engendrée par la guerre en Ukraine et au Proche-Orient ainsi qu'aux "événements météorologiques extrêmes" qui peuvent tirer vers le haut les prix des denrées alimentaires, a énuméré Mme Lagarde.
Plus prompte à évoquer un changement de cap, la banque centrale américaine (Fed) avait indiqué mercredi avoir "discuté d'un calendrier des baisses de taux" pour 2024, après avoir laissé ses taux inchangés pour la troisième fois consécutive.
Après ces déclarations de la Fed qui ont ravi les investisseurs, "le Père Noël n'est pas arrivé avant l'heure dans la zone euro", commente Ann-Katrin Petersen, stratégiste de Black Rock.
Il est "peu probable que les baisses de taux surviennent aussi tôt que mars prochain, comme l'espère le marché", ajoute-t-elle.
Christine Lagarde a plutôt laissé entrevoir une longue phase de "plateau", qui n'évoluera que si la trajectoire de l'inflation s'inscrit durablement en baisse.
L'inflation en zone euro a été divisée par plus de quatre depuis le record de 10,6% atteint en octobre 2022, quand les répercussions de la guerre en Ukraine sur les prix du gaz et du pétrole se faisaient sentir à plein.
Dans ses nouvelles prévisions dévoilées jeudi, l'institut monétaire prévoit une hausse des prix de 2,7% en 2024 — contre 3,2% attendus précédemment — puis de 2,1% en 2025 et de 1,9% en 2026, sous l'objectif des 2%.
Un signe que le cycle inédit de resserrement monétaire qui a conduit la BCE à dix hausses de taux consécutives depuis juillet 2022, jusqu'à une première pause en octobre, va continuer à produire ses effets, quoique plus lentement.
- Second semestre? -
Le durcissement de la politique monétaire a aussi des conséquences sur l'économie: le renchérissement du coût du crédit pèse toujours plus sur les entreprises et les ménages en frappant l'immobilier et la construction.
Les projections de croissance pour la zone euro ont ainsi été revues à la baisse, à 0,8% en 2024 — contre 1% en septembre — puis 1,5% en 2025 et 2026.
La BCE a par ailleurs annoncé qu'elle comptait accélérer la réduction de la taille de son bilan encore gorgé de dette acquise les années de faible inflation et de Covid-19.
L'institut ne va plus réinvestir que de moitié, soit 7,5 milliards d'euros par mois en moyenne à compter de juillet 2024, soit six mois plus tôt que prévu, la dette acquise dans le cadre du plan d'urgence contre la pandémie (le "PEPP") de 2020.
Ces réinvestissements s'arrêteront fin 2024.
"Cela signifie que la BCE devrait se préparer à une première baisse des taux d’intérêt au second semestre 2024", estime Robert Leonhardt, chez DZ Bank.
Jeudi, la Banque nationale de Suisse a maintenu son taux principal à 1,75%. La Banque de Norvège, constatant que l'inflation reste trop élevée, l'a relevé pour la quatorzième fois en plus de deux ans, de 0,25 point à 4,5%, et prévoit une pause "pendant un certain temps".
B.Wyler--VB