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En France, le droit à l'avortement acquis mais des obstacles perdurent
Amenée à être sanctuarisée dans la Constitution, la liberté d'avorter est acquise sur le papier depuis près de 50 ans en France. Sur le terrain, l'accès à l'IVG reste toutefois inégal et le choix de la méthode limité, relèvent professionnels, chercheurs et associations féministes.
L'interruption volontaire de grossesse (IVG), au coeur d'un projet de loi constitutionnelle présenté mercredi en conseil des ministres, a été autorisée temporairement en 1975, avant d'être définitivement légalisée en décembre 1979, jusqu'à la dixième semaine de grossesse.
Depuis, la loi Veil s'est étoffée: le délai légal a été étendu à 12 puis à 14 semaines, l'IVG est aujourd'hui prise en charge à 100% et sa pratique étendue aux sage-femmes. Selon les derniers chiffres officiels, 234.300 IVG ont été enregistrées en France en 2022.
"Oui, les choses se sont bien améliorées depuis 1975", relève la présidente de la Fondation des femmes Anne-Cécile Mailfert. "Mais il faut permettre à ces femmes de pouvoir recourir à l'avortement dans de bonnes conditions. Or ce n'est pas toujours le cas aujourd'hui", ajoute-t-elle, citant, entre autres, la fermeture de "nombreuses maternités de proximité".
Selon les données de la Drees (la direction des statistiques pour les ministères sanitaires et sociaux), le nombre de maternités en métropole est passé de 1.369 en 1975 à 458 en 2020.
Parallèlement, 130 centres IVG ont été fermés en 15 ans selon le Planning familial.
"Résultat, de plus en plus de femmes sont obligées d'effectuer de longs trajets en voiture pour accéder à l'avortement", observe Sarah Durocher, présidente du Planning. "Dans des territoires, certaines semaines, il n'y a aucune opportunité de faire des avortements. Ce n'est pas supportable en 2023".
"Suivant l'endroit où elle se trouve, une femme qui souhaite recourir à l’IVG n'aura pas en face d’elle les mêmes professionnels ni la même culture locale relative à la considération de ce soin", abonde Magali Mazuy, chercheuse à l'Institut national d'études démographiques (Ined), qualifiant de "non homogène" l'accès à l'IVG.
Le constat n'est pas nouveau. En 2019, le gouvernement reconnaissait déjà "des territoires en tension dans la majorité des régions" en matière d'accès à l'IVG, "soit du fait de la démographie des professionnels, soit durant les périodes estivales".
- "Ça reste un tabou" -
L'année suivante, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) pointait encore un "faisceau de facteurs" --dont les inégalités territoriales-- susceptibles d'empêcher une femme désireuse d'avorter de le faire dans le délai légal.
Le choix de la méthode est quant à lui plus restreint. Plus légère en terme de prise en charge, la méthode médicamenteuse a pris le pas sur la méthode chirurgicale (ou instrumentale) qui se pratique par aspiration sous anesthésie locale ou générale. En 2022, 78% du total des IVG pratiquées étaient médicamenteuses.
"On sait qu'il y a des femmes qui auraient préféré avoir une IVG instrumentale", indique Sophie Gaudu, cofondatrice de Revho, le réseau d'accès aux soins à l'IVG en Ile-de-France. "Les femmes doivent avoir le choix de la méthode, et il faut des professionnels pour le leur offrir".
Les associations féministes regrettent également le maintien de la clause de conscience spécifique à l'IVG, "doublon stigmatisant" pour les femmes désireuses d'avorter alors qu'il existe une clause de conscience générale pour tout type d'actes médicaux.
Car 50 ans après la loi, "l'avortement reste un tabou" et "les femmes qui le pratiquent sont stigmatisées", déclare Anne-Cécile Mailfert. Pour preuve, le cyberharcèlement dont a été victime l'animatrice Enora Malagré, après avoir dit qu'elle avait avorté deux fois.
"Il est d'autant plus important dans ce contexte de réaffirmer le caractère fondamental du droit à l'IVG et ne laisser aucune victoire aux anti-avortements", ajoute la responsable de la Fondation des femmes.
Pour les opposants à l'avortement justement, "ce n'est pas l'avortement qui est menacé en France aujourd'hui" mais plutôt "la possibilité pour les femmes qui le souhaitent de poursuivre leur grossesse et d'accéder à une information équilibrée", déplore Caroline Roux, directrice générale adjointe d’Alliance Vita.
Une "marche pour la vie" est prévue le 21 janvier à Paris. Ses organisateurs réclament une échographie obligatoire dès la sixième semaine de grossesse, permettant d'"entendre battre le coeur du foetus", ou encore un délai de réflexion de trois jours avant toute IVG.
D.Schlegel--VB