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Le véhicule électrique perd son élan aux Etats-Unis
Le véhicule électrique séduit moins qu'anticipé aux Etats-Unis, pâtissant d'infrastructures de recharge insuffisantes et d'une autonomie limitée pour un véhicule plus onéreux que ses cousins à combustion, dans un contexte d'inflation et de taux d'emprunts élevés.
Un constat dressé par plusieurs constructeurs américains qui recalibrent leurs véhicules, revoient leurs objectifs, retardent des projets. Et cherchent à écluser leurs stocks d'invendus.
"Le ralentissement des ventes de véhicules électriques est plus marqué que pour les autres catégories de véhicules et le contexte économique n'est pas la seule explication", commente pour l'AFP Neil Saunders, directeur chez Globaldata.
Les véhicules électriques (EV) présentent un "problème spécifique. C'est un achat plus complexe à cause de l'autonomie et du réseau de recharge".
Les Américains conduisent souvent plusieurs milliers de kilomètres pour rendre visite à leurs proches, faute de transports publics suffisants.
Mais repérer les stations de recharge compatibles avec leur véhicule dans le "patchwork" actuel et la durée d'une recharge ne tiennent pas la comparaison face au maillage des stations-service et aux quelques minutes pour faire un plein.
"C'est un désagrément, un fardeau pour eux", relève M. Saunders.
- Inquiétudes -
Selon une étude du CTA, organisateur du salon de l'électronique (CES) de Las Vegas, 76% des conducteurs envisageant d'acheter un EV le considèrent comme une forme fiable de transport.
Mais des inquiétudes persistent: manque de points de recharge (36%), longévité de la batterie (39%), coût d'achat (38%).
Selon Cox Automotive, un véhicule électrique a coûté en moyenne 51.762 dollars en octobre, soit 13.000 de moins sur un an mais près de 4.000 de plus que toutes motorisations confondues.
En Europe, la cherté des carburants pétroliers rend plus intéressante une recharge électrique et compense le surcoût d'achat initial. Mais aux Etats-Unis, malgré la hausse des cours, un litre reste deux fois moins cher qu'en France ou au Royaume-Uni, d'après l'Observatoire Cetelem 2024.
"Je m'inquiète de l'environnement des taux d'intérêts élevés dans lequel nous sommes", relevait mi-octobre Elon Musk, patron de Tesla, insistant sur la nécessité de réduire le prix des véhicules pour que les mensualités des ménages restent stables.
Le groupe, qui a opéré plusieurs baisses ces derniers mois, a vendu plus de 490.000 des quelque 873.000 véhicules électriques neufs écoulés sur les dix premiers mois de l'année, selon le spécialiste Kelley Blue Book.
Un avis partagé quelques jours plus tard par John Lawler, directeur financier de Ford. Pour lui, il faut revenir au niveau pré-Covid et pré-inflation de 13% du budget mensuel des ménages consacrés à l'automobile.
"Les changements en cours sur le marché --prix, taux d'adoption, réglementation-- nous forcent à réduire encore le coût de nos véhicules", a reconnu Jim Farley, patron du groupe.
- Coût de revient -
Son concurrent GM a repoussé d'un an, à fin 2025, la conversion de son usine d'assemblage d'Orion (Michigan) "pour une meilleure gestion de l'investissement en capital tout en s'alignant sur la demande en pleine évolution pour les véhicules électriques".
"De plus, nous avons identifié des améliorations techniques que nous allons mettre en oeuvre pour accroître la rentabilité de nos produits", a-t-il précisé.
Ford et Tesla cherchent également à simplifier leurs véhicules pour réduire les pièces détachées et faciliter le processus de fabrication.
"Baisser le coût de nos véhicules est notre principale priorité", a affirmé Vaibhav Taneja, directeur financier de Tesla.
C'est le cas notamment pour le Cybertruck, son pick-up électrique futuriste, dont les livraisons doivent commencer d'ici fin 2023. "Nous faisons tout notre possible pour simplifier le véhicule", a confié Elon Musk.
"Nous réduisons la complexité", a rebondi le patron de Ford. "Et nous optimisons le design et l'ingénierie pour un meilleur processus de fabrication".
Pour Emmanuel Rosner, analyste de Deutsche Bank, "les attentes étaient tellement élevées que nous constatons un effondrement. Tout est question de prix et les constructeurs n'ont pas encore trouvé l'équation économique pour faire moins cher", a-t-il dit sur CNBC.
"La demande n'est tout simplement pas au rendez-vous. C'est plus lent que ce que voudraient les décideurs politiques", relève M. Saunders. "Il ne faut pas fixer des objectifs arbitraires, il faut aussi s'assurer que les infrastructures sont là".
Deux législations fédérales récentes devraient stimuler les ventes.
L'une prévoit jusqu'à 7,5 milliards de dollars de subventions pour disséminer des stations de recharge --plus de 70.000 postes ultra-rapides d'ici 2041-- et l'autre des crédits d'impôt jusqu'à 7.500 dollars jusqu'en 2032.
Pour Neil Saunders, "la trajectoire sur le long terme est favorable aux véhicules électriques".
W.Huber--VB