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Législatives en Pologne: l'opposition pro-européenne revendique la victoire
L'opposition centriste pro-européenne en Pologne revendiquait lundi la victoire aux élections législatives de la veille, jugées cruciales pour l'avenir du pays et qui ont enregistré un record de participation.
Si les estimations des sondages sont confirmées, le scrutin devrait mettre fin à huit ans de gouvernement du parti populiste nationaliste Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski, au discours eurosceptique et anti-immigrés. Les résultats définitifs sont attendus mardi.
"La Pologne a gagné, la démocratie a gagné, nous les avons chassés du pouvoir", a déclaré dès dimanche soir Donald Tusk, président de la Coalition civique (KO, opposition) et ex-président du Conseil européen. "C'est la fin de cette mauvaise période, c'est la fin du règne du PiS".
Lundi en fin de matinée, sur près des 48% des bulletins de vote dépouillés, le PiS était à 38,5% contre 27,66% pour la KO, des données toutefois jugées non représentatives par les spécialistes car elles concernaient surtout des petites villes et zones rurales votant traditionnellement conservateur.
Les estimations globales de l'institut de sondage Ipsos, elles, donnaient les divers partis d'opposition gagnants au Parlement qui compte 460 députés.
Selon Ipsos, le PiS a obtenu le soutien de 36,6% des électeurs ce qui lui donne 198 sièges, portés à 212 en ajoutant son allié potentiel d'extrême droite la Confédération 6,4%, 14 sièges) --les deux partis sont néanmoins profondément opposés notamment sur les aides sociales prônées par le PiS alors que la Confédération est un parti libertarien.
La KO aurait obtenu selon Ipsos 31% (161), la Troisième voie (chrétiens-démocrates) avec 13,5% (57) et la Gauche avec 8,6% (30), soit 248 sièges au total.
- Record de participation -
Le scrutin a enregistré un record historique de participation, avec 72,9% des électeurs qui se sont rendus aux urnes. Un chiffre qui dépasse même largement celui des élections législatives de 1989 (62,7%) qui ont marqué la fin du communisme en Pologne.
Pour de nombreux politiciens et analystes, le scrutin de dimanche comptait autant que celui d'il y a 34 ans.
La participation des jeunes et surtout des jeunes femmes a été décisive, atteignant des niveaux inattendus, soulignent des experts.
"Il n'y a pas si longtemps, la moitié des femmes déclaraient qu'elles n'iraient pas voter", rappelle à l'AFP Justyna Kajta, sociologue de l'université SWPS à Varsovie.
Or "il semblerait que les femmes ont été plus nombreuses que les hommes à se rendre aux urnes: près de 74% des femmes et 72% des hommes ont participé".
"Simultanément, près de 70% des jeunes de 18 à 29 ans se sont mobilisés, comparé à 46% quatre ans plus tôt", ajoute-t-elle. "Ce bond est considérable en termes d'intérêt pour la politique et de participation".
Natalia Szydlik, étudiante âgée de 20 ans à Varsovie, explique à l'AFP qu'"il y a certainement beaucoup d'espoir que les choses changent, principalement pour ce qui est des droits des femmes, de l'accès à l'avortement".
La Pologne conservatrice, où le pouvoir reste proche de l'Eglise catholique, dispose d'une loi anti-avortement parmi les plus sévères en Europe. L'interruption volontaire de grossesse n'est autorisée qu'en cas de viol, d'inceste et de danger pour la vie ou la santé de la mère ou de l'enfant.
"Je crois vraiment que la Pologne retrouvera finalement sa place plus près de l'Europe, qu'on y sera de nouveau respectés, qu'on cessera de vivre comme au Moyen âge surtout pour ce qui est des droits des femmes, c'est primordial pour moi", insiste Aleksandra Metlewicz, décoratrice de 33 ans.
Durant la campagne, Donald Tusk a promis de libéraliser le droit à l'avortement.
L'ex-responsable à Bruxelles a promis aussi de rétablir de bonnes relations avec l'Union européenne et de débloquer les fonds européens gelés par Bruxelles en raison des différends survenus au cours des deux mandats du gouvernement PiS.
Chez les électeurs, les attentes sont variées. Karol Jedlinski, un homme d'affaires de 42 ans, espère que "sans jouer à la guerre idéologique, on s'occupe de ce qui compte vraiment, de comment on vit, combien on gagne, pourquoi l'inflation doit être aussi élevée".
Krzysztof Dabrowski, un retraité, attend "la séparation de l'Eglise et de l'Etat", comme l'a prôné principalement la Gauche.
Donald Tusk s'est dit confiant dans la possibilité de cimenter une coalition.
"Nous parviendrons certainement à un accord", a assuré M. Tusk après l'annonce des premiers résultats et ses coalisés potentiels ont fait des déclarations semblables.
Toutefois, les analystes avertissent que toute coalition gouvernementale formée par l'opposition pourrait être fréquemment en conflit avec le président Andrzej Duda, proche allié du PiS.
Les chiffres du sondage de sortie des urnes ne donnent pas aux alliés potentiels de l'opposition la majorité des trois cinquièmes requise pour renverser les vetos présidentiels.
G.Frei--VB