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Les millions d'Afghans de retour au pays, vivier potentiel des groupes armés?
Chassés d'Iran et du Pakistan, les millions d'Afghans de retour dans leur pays, englué dans la pauvreté, pourraient se tourner vers des groupes armés à défaut d'autres perspectives, craignent des experts et sources diplomatiques ou sécuritaires.
Le gouvernement taliban le répète à l'envi: depuis son retour aux commandes en août 2021, "il n'y a plus d'organisations terroristes" sur le territoire afghan.
L'ONU a pourtant mis en garde en juillet contre un "environnement favorable à un certain nombre de groupes terroristesnotamment les talibans pakistanais (6.000 hommes) et la branche régionale de l'organisation Etat islamique (EI-K), "menace la plus grave" avec 2.000 combattants, avec à son actif des attaques meurtrières à Moscou ou Kerman en Iran.
"Depuis août 2021, l'EI-K a continué à recruter des talibans mécontents et des Afghans ne faisant pas partie du nouveau régime", rapporte Hans-Jakob Schindler, ex-coordinateur du comité onusien surveillant les talibans, l'EI et Al-Qaïda.
Pour ce spécialiste, "il y a un grand risque" que l'EI-K considère les millions de migrants afghans, jeunes pour la plupart, comme un autre "vivier de recrutement".
Après une baisse de la menace, "on est au début d'un cycle de possible régénération de l'EI-K à court et à moyen-terme avec cet afflux d'hommes en Afghanistan", avance aussi une source sécuritaire occidentale.
Le Pakistan a lancé le premier, fin 2023, une campagne d'expulsions d'Afghans avec ou sans papiers, les accusant d'être liés au "terrorisme" et à la contestation politique.
Cette campagne a repris de plus belle en avril, alors que l'Iran chassait aussi en masse les migrants afghans.
Selon le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), 2,6 millions de personnes ont regagné l'Afghanistan depuis janvier et ce chiffre pourrait atteindre quatre millions fin décembre.
- "Etrangers" en leur pays -
A leur arrivée, "ils sont confrontés à des défis énormes, sans accès à l'emploi, au logement ou aux services de base", relève Indrika Ratwatte, coordinateur humanitaire de l'ONU dans le pays.
"Cela peut les rendre vulnérables (...), notamment vis-à-vis de groupes armés voulant les exploiter", dit-il à l'AFP.
Car en face, "il y a peu d'espoir pour que les autorités talibanes puissent -et veuillent- (leur) fournir un soutien financier", estime M. Schindler, aujourd'hui directeur de l'ONG Counter Extremism Project (CEP).
Selon la Banque mondiale, près de la moitié des 48 millions d'Afghans sont pauvres et près d'un quart des 15-29 ans sont au chômage.
"On sait déjà que certains Afghans rejoignent des groupes terroristes non pas par conviction, mais par 'nécessité économique'", indique à l'AFP une source diplomatique européenne.
Pour Amina Khan, de l'Institut des études stratégiques (ISSI) à Islamabad, ces groupes pourraient aussi exploiter le "ressentiment" de ces migrants, chassés de pays voisins où ils sont parfois nés.
"Quand ils reviennent, ils sont considérés comme des étrangers" dans un pays avec lequel ils n'ont aucun lien, dit l'experte. "Cela en fait une proie parfaite".
- "Bombe à retardement" -
D'après Moscou, seule capitale à avoir reconnu le gouvernement taliban, l'Afghanistan compte environ 23.000 combattants, de 20 organisations différentes.
"La plus grande inquiétude concerne l'activité de la branche afghane de l'EI (...) disposant de camps d'entraînement, principalement dans l'est, le nord et le nord-est du pays", notait fin août le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Sergueï Choïgou.
La Russie reste marquée par l'attentat revendiqué par l'EI-K, qui avait fait 149 morts en 2024 dans une salle de concert près de Moscou et a présenté les talibans comme des alliés dans sa lutte contre les groupes radicaux.
"De nombreux autres attentats déjoués en Europe entre 2023 et 2025 sont liés à l'EI-K", qui commet aussi des attaques sur le sol afghan, rapporte M. Schindler.
"Pour beaucoup de pays européens, c'est la crainte principale", affirme à l'AFP la source diplomatique européenne. "Le risque d'une espèce de bombe à retardement pour l'Europe est réel".
Seul moyen d'enrayer ces recrutements: "construire un futur digne" pour les migrants, grâce à l'aide étrangère, plaide M. Ratwatte.
Mais le secteur humanitaire connaît une grave crise depuis que Washington a sabré ses aides en janvier.
L'ONU et les ONG ne cessent d'appeler les pays donateurs à des efforts supplémentaires, en vain.
F.Fehr--VB