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Déjà affaiblie avant la guerre, l'économie iranienne s'enfonce dans le marasme
Dans l'Iran sous sanctions d'avant-guerre, la colère suscitée par la situation économique alimentait d'immenses manifestations antigouvernementales. Après cinq semaines de conflit, c'est bien pire.
Au-delà des morts et de la peur quotidienne des attaques, l'effet le plus immédiat de la guerre a été une nouvelle envolée des prix, qu'il s'agisse des biens de première nécessité - nourriture, médicaments ou couches pour bébé - ou des déjeuners dans les cafés branchés de la capitale.
Amir, un Iranien de 40 ans originaire de la banlieue de Téhéran, a récemment relaté à l'AFP que le prix du pain de mie qu'il achète habituellement avait bondi de 700.000 à 1 million de rials (environ 0,75 dollar).
Un de ses amis a dû débourser 180 millions de rials pour se procurer un comprimé utilisé dans le traitement du cancer, qui coûtait environ trois millions avant le début des attaques américano-israéliennes contre le pays, le 28 février. "Et il doit en acheter un tous les 20 jours".
Kaveh, un artiste de la capitale, raconte pour sa part comment le très fréquenté café Dobar, dans le centre de Téhéran, "a augmenté tous ses tarifs de 25% en une journée".
Même dans le nord-ouest du pays, généralement bien approvisionné grâce aux importations venues de la Turquie voisine, "certains produits coûtent trois fois leur prix habituel", confie une femme de 50 ans.
- "Sidérant" -
La banque centrale a récemment mis en circulation un nouveau billet de dix millions de rials, un record effaçant le précédent de cinq millions.
Cette fuite en avant illustre la vertigineuse dépréciation de la monnaie depuis la guerre de juin 2025, déjà avec les Etats-Unis et Israël. Elle a joué un rôle clé dans les plus grandes manifestations contre le pouvoir de l'histoire récente, lancées par des grèves de commerçants dans le célèbre bazar de Téhéran.
Des milliers de personnes ont été tuées en janvier lors de la répression qui a suivi, selon des groupes de défense des droits humains.
Mais depuis, à l'inflation s'est ajoutée une explosion du chômage. La guerre a conduit de nombreuses entreprises à fermer leurs portes, laissant les employés dans l'incertitude, sans même savoir si les arriérés de salaire seraient payés.
Partout dans le pays, les bazars ont réduit leurs horaires d'ouverture tandis que le secteur du bâtiment licenciait massivement, touchant en grande partie des migrants afghans.
"Quand la guerre a commencé, les opportunités d'emploi sont devenues rares et les gens ont arrêté les chantiers", explique Faizullah Arab, un peintre au chômage de 23 ans, qui rentrait en Afghanistan le week-end dernier après un séjour à Téhéran.
"Les employeurs sont partis à l'étranger", ajoute son compatriote Walijan Akbari, ouvrier de 42 ans.
Ceux dont l'activité dépend d'internet ou qui gèrent une activité de commerce en ligne ont également été fortement touchés par la coupure numérique imposée par les autorités.
"Honnêtement, je suis vraiment très inquiète pour notre avenir, surtout sur le plan économique", confiait la semaine dernière une femme de 35 ans travaillant dans la finance à Ispahan (centre). "Licenciements massifs, fermetures à grande échelle... c'est sidérant".
Les frappes aériennes visant la sidérurgie et les installations pétrochimiques auront également un impact durable.
- Problèmes bancaires -
Adnan Mazarei, ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI), spécialiste du Moyen-Orient, s'inquiète aussi pour le secteur financier.
Les cartes bancaires et les services en ligne ont en général continué à fonctionner. Mais des plafonds ont été imposés au niveau des distributeurs automatiques, afin d'éviter des retraits massifs.
Avant la guerre déjà, "le système bancaire était dans une situation difficile, très vulnérable", rappelle-t-il à l'AFP. Et doit se préparer à un nouveau choc face à l'incapacité de nombreux particuliers et entreprises à rembourser leurs prêts.
La dernière faillite en date concerne Ayandeh, l'une des plus grandes banques privées du pays, qui s'est effondrée fin 2025, étranglée par des créances douteuses et des pertes équivalant à 5,2 milliards de dollars.
Adnan Mazarei pense que d'autres sauvetages pourraient être nécessaires, passant par le déclenchement de la planche à billets. "Bien sûr, cela augmentera la masse monétaire, entraînant à nouveau une hausse de l'inflation", relève-t-il.
Le taux d'inflation annuel en Iran a atteint 50,6% à la mi-mars, selon le centre officiel des statistiques.
burs-adp/sjw/dla/anb
A.Kunz--VB