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Birmanie: une militante des Rohingyas appelle le monde musulman à s'opposer à l'armée au pouvoir
Une militante des droits des Rohingyas, à l'origine d'une plainte pour "génocide"
Yasmin Ullah, fondatrice et responsable du collectif féminin Rohingya Maiyafuinor Collaborative Network, à Jakarta, le 8 avril 2026
déposée contre le chef de l'armée récemment élu président, a appelé mercredi le monde musulman et l'Asie du Sud-Est à prendre position contre le pouvoir birman.
Yasmin Ullah, fondatrice et responsable du collectif féminin Rohingya Maiyafuinor Collaborative Network de Vancouver, au Canada, est l'une des 11 participantes à la plainte déposée lundi auprès du procureur général d'Indonésie.
L'armée birmane, qui a pris le pouvoir lors d'un coup d'État en 2021, est accusée depuis des décennies de violations des droits humains, visant principalement les minorités ethniques du pays, notamment les Rohingyas.
La loi indonésienne accorde une "compétence universelle" aux tribunaux du pays dans les affaires relatives à des crimes graves commis partout dans le monde.
Les militants des Rohingyas qui ont, comme Yasmin Ullah, dû fuir leur pays natal, ont porté plainte devant des tribunaux internationaux et en Argentine, pays qui applique également ce principe de "compétence universelle".
Pourquoi avoir choisi l'Indonésie ? "Parce que nous comptons plus de Musulmans ici que dans tout autre pays au monde, et que l'islam repose sur un principe essentiel de responsabilité, a affirmé mercredi Mme Ullah, 34 ans, à l'AFP.
Les Rohingyas sont eux aussi majoritairement musulmans. "J'appelle vraiment les dirigeants de ce pays (l'Indonésie, NDLR) et les dirigeants de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean, NDLR) à vraiment réfléchir... à l'avenir que nous souhaitons", a-t-elle déclaré.
"Si nous nous soucions de la prospérité économique et des habitants de l'Asean... peut-être devons-nous réfléchir un peu plus à la manière de mettre fin à la cause profonde de l'instabilité dans cette région : l'armée birmane", a poursuivi Mme Ullah.
L'armée birmane, qui a pris le pouvoir lors d'un coup d'Etat en 2021, est accusée depuis des décennies de violations de droits humains visant principalement les minorités ethniques du pays, dont les Rohingyas.
La semaine dernière, les législateurs proarmée ont élu président le chef de la junte, Min Aung Hlaing. Ce qui signifie qu'il conservera ses pouvoirs, sous un vernis civil, après être arrivé à la tête du pays par la force il y a cinq ans.
"J'espère vraiment que nous pourrons un jour traduire Min Aung Hlaing en justice et l'obliger à faire face aux victimes. Certaines d'entre elles se trouvent ici, en Indonésie", affirme Mme Ullah, qui a fui la Birmanie il y a 31 ans.
- "Les affaires continuent" -
Plus grand pays musulman au monde, l'Indonésie accueille depuis des années des réfugiés rohingyas qui risquent leur vie lors de longues et dangereuses traversées maritimes.
Quelque 7.000 d'entre eux se trouvent aujourd'hui en Indonésie, selon Mme Ullah. Ils se situent principalement dans la province occidentale d'Aceh, où la vie dans les centres de réfugiés est difficile, surtout depuis la réduction de l'aide étrangère américaine.
Mme Ullah, qui se décrit comme survivante d'un génocide, travaille également auprès de réfugiés à Aceh.
"Ce que j'espère... c'est une mise à l'épreuve de la conscience morale. Nous avons constaté la complaisance de cette région depuis bien trop longtemps" envers la Birmanie, estime-t-elle. "Les affaires continuent comme d'habitude", regrette-t-elle.
Mme Ullah s'inquiète au quotidien pour sa famille, dont la plupart des membres vivent encore en Birmanie.
Sa mère l'a emmenée hors du pays à l'âge de trois ans, pour passer 16 ans en Thaïlande, à se cacher de la police et des autorités, au terme d'un périple éprouvant à travers la jungle et les montagnes.
Yasmin Ullah, qui vit aujourd'hui au Canada, s'est rendue à Jakarta pour présenter lundi la plainte pénale au bureau du procureur général d'Indonésie.
Son porte-parole, Anang Supriatna, a confirmé à l'AFP la bonne réception de la plainte et dit qu'elle serait transmise à une division du bureau du procureur général spécialisé dans les crimes graves.
Il s'agit de la première plainte acceptée par le bureau du procureur général en vertu de la disposition de "compétence universelle" introduite dans le nouveau Code pénal indonésien, entré en vigueur cette année, a indiqué à l'AFP le juriste des droits humains Feri Amsari.
L'Indonésie assure la présidence tournante du Conseil des droits de l'homme de l'ONU en 2026.
L.Meier--VB