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Tour de France: Jasper Philipsen, la lumière à Voiron
Tourmenté par un début de Tour de France "horrible", Jasper Philipsen a dû attendre la 17e étape mercredi à Voiron pour enfin trouver la lumière et remporter la onzième étape de sa carrière dans "l'ascenseur émotionnel de juillet".
Lors de la troisième semaine, la Grande Boucle montre son vrai visage, celui de la course la plus éprouvante du monde sur le plan physique et surtout mental, avec des coureurs exténués et à fleur de peau, quand même les cuirs les plus tannés sont en permanence au bord des larmes.
Ces dernières années, on a ainsi vu Matej Mohoric ou encore Victor Campenaerts craquer totalement après leur victoire, lâchant tout, pour se lancer dans des plaidoyers émouvants à raconter la dureté de leur métier et la difficulté immense de décrocher une victoire sur le Tour de France.
Mercredi, ce fut au tour de Jasper Philipsen de se présenter les yeux rougis dans la zone d'interview après avoir facilement réglé au sprint un groupe d'une trentaine de coureurs regroupant les principaux attaquants du jour.
A 28 ans, le sprinteur belge est pourtant un habitué des podiums avec à son palmarès un Milan-Sanremo et désormais onze étapes du Tour.
Mais en ce mois de juillet, tout a été très compliqué jusque-là pour le coureur d'Alpecin. "Je suis arrivé sur le Tour dans la forme de ma vie, la préparation a été parfaite. Mais les premières étapes ont été horribles. Je ne sais pas si c'était la chaleur ou autre chose, mais je ne me sentais pas bien."
- "Angry bird" -
"Bien sûr que j'ai douté", a-t-il insisté, expliquant à quel point "ça a été dur mentalement" de lire "toute la merde que tu reçois sur Instagram".
Deux cinquièmes places, une quatrième place et deux troisièmes places n'allaient pas suffire à ce "serial-winner" obsédé, comme tous les sprinteurs, par la seule victoire.
Réputé pour son caractère volcanique, celui qui est parfois appelé "Jasper The Disaster" (le désastre) dans son équipe, n'a alors pas été facile à vivre le soir à table, comme il l'a avoué.
"J'étais un vrai +angry bird+, en colère, déçu de moi-même. Mes coéquipiers et l'encadrement ont dû me supporter, je leur en suis vraiment reconnaissant, cette victoire est pour eux", a-t-il confié en racontant "les montagnes russes émotionnelles que constitue le Tour chaque juillet".
Son émotion était d'autant plus intense qu'il avait dû batailler toute la journée lors d'une étape décousue où les groupes se sont formés, disloqués et reconstitués, au point que, derrière, Isaac Del Toro a même été piégé un moment en perdant contact avec le peloton maillot jaune.
"Cette victoire me coûte plusieurs années de vie, je me battais entre différents groupe, je pensais que c'était foutu, mais les gars ont continué à croire en moi et ils m'ont déposé sur la ligne", a développé Philipsen qui fait un gros rapproché au classement du maillot vert en revenant à sept points de Mads Pedersen.
- Le calvaire de Yates -
Dans le final, Jasper Stuyven a tenté sa chance tout seul mais une fois le Belge repris, à un peu plus de trois kilomètres de l'arrivée dans la côte de la Commanderie, Mathieu Van der Poel est entré en action.
Le vainqueur d'Ussel, coéquipier de luxe à ses heures perdues, a protégé Philipsen en contrant toutes les attaques avant de le lancer parfaitement pour lui permettre de devancer largement le Suisse Mauro Schmid et le Néerlandais Olav Kooij.
"Peu de gens ont la chance d'avoir un lanceur du calibre de Mathieu, j'ai pleinement conscience du privilège que j'ai", a dit Philipsen.
C'est la sixième victoire déjà pour la Belgique dans cette 113e édition après les trois de Tim Merlier – il a abandonné depuis - et les deux de Remco Evenepoel.
Les favoris, dont Tadej Pogacar, ont tranquillement franchi la ligne avec près de neuf minutes de retard dans un deuxième peloton.
Loin derrière, un coéquipier du maillot jaune, Adam Yates, a vécu un calvaire. Souffrant de maux d'estomac depuis la veille, le grimpeur britannique a reçu l'aide de son coéquipier Tim Wellens pour le tracter jusqu'à ligne et finir dans les délais.
"Ce matin, il n'était pas beau à voir mais il sera rétabli pour l'étape-reine" samedi, a assuré Pogacar, alors que trois grosses journées en montagne attendent désormais le peloton. La promesse de nouvelles émotions fortes.
J.Sauter--VB