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Le contre-la-montre de la lutte antidrones pour les JO
La France teste jeudi pour la première fois à grande échelle son dispositif de lutte antidrones, dans un contre-la-montre pour sécuriser les Jeux olympiques face à l'explosion du nombre de ces engins ces dernières années.
Sur la base aérienne de Villacoublay, près de Paris, un policier porte un fusil brouilleur d'une dizaine de kilos à l'épaule et vise un drone qui fonce sur lui avant de l'immobiliser net. "Selon la programmation du drone, il peut s'immobiliser, repartir ou tomber", commente-t-il, le souffle coupé.
Un peu plus loin sur l'herbe boueuse, deux systèmes de drones fixes dits lourds comprenant un radar, une caméra et un goniomètre pour identifier le point de décollage, ainsi qu'un brouilleur pour l'interception, sont déployés dans le cadre de l'exercice Coubertin LAD sur la base aérienne de Villacoublay, près de la capitale.
A quatre mois et demi des JO, l'exercice, orchestré par l'armée de l'Air avec la collaboration de la police et de la gendarmerie, est un test crucial mené pendant deux semaines avec plusieurs systèmes de lutte antidrones sur trois sites, à Paris et Marseille (sud-est) en plus de Villacoublay.
"On se prépare à faire face à des menaces de type terroriste, contestataire ou ce que j'appelle les petits rigolos et les petits malins qui veulent aller filmer les épreuves avec leur propre drone", explique à l'AFP le général Arnaud Bourguignon, responsable de la sécurisation aérienne pour les JO.
Les micro et minidrones, des engins pouvant parfois être confondus avec des oiseaux, ne représentent pas "forcément la menace susceptible de faire le plus de dégâts mais c'est la plus probable et c'est une nouveauté depuis trois ans contre laquelle la lutte est très récente", ajoute-t-il.
Les drones se sont massivement illustrés dans des conflits récents, au Haut-Karabakh, dans la bande de Gaza ou en Ukraine, qui en consomme 10.000 de toutes tailles par mois, selon l'Institut français des relations internationales (Ifri).
En France, le nombre de drones est passé de 400.000 en 2017 à 3 millions aujourd'hui, selon des sources officielles.
Une "quinzaine" de systèmes lourds, dont un britannique, seront déployés pendant les JO, aux côtés de fusils brouilleurs, un laser ou des drones intercepteurs de drones, les RapidEagle, munis de filets.
- Parade -
L'exercice Coubertin doit notamment permettre de prendre en main pour la première fois en conditions réelles trois exemplaires d'un nouveau système baptisé "Parade".
Ces systèmes fabriqués par les industriels Thales et Cs Group auraient dû être livrés en juin 2023, ce qui a suscité une forte inquiétude à l'origine du lancement d'une mission par la commission Défense du Sénat fin 2023.
Un précédent test sur Parade n'avait pas donné entière satisfaction, conduisant le président de cette commission, Cédric Perrin, à souligner que la lutte antidrones n'était "pas au niveau du besoin".
"Le mieux placé pour répondre exactement, c'est l'armée de l'Air (...) Posez votre question à l'armée de l'Air et vous verrez que sa réponse est tout à fait satisfaisante", a récemment réagi le PDG de Thales, Patrice Caine, interrogé par l'AFP.
Pour les JO, les armées ont décidé de combiner les Parade à d'autres systèmes -- Milad, Bassalt, Radiant de la préfecture de police -- , ainsi que des rechanges, ce qui permettra au dispositif d'être réorganisé si besoin pour s'adapter.
Trois autres Parade adaptés aux JO sont attendus avant le mois de juin et pour anticiper leur livraison, des opérateurs ont déjà commencé à se former depuis janvier.
Selon une source proche du dossier, les Parade sont opérationnels à 80%, sachant qu'"aucun système n'est parfait et ne peut pas contrer la menace à 100%".
L'exercice Coubertin teste également un mécanisme de visualisation sur écrans des drones sur tout le territoire national.
L'ampleur de la lutte antidrones sera inédite pour les JO. Le dernier défilé militaire du 14 juillet a représenté 40 heures de lutte antidrones, la Coupe du monde de rugby 2.000, or pour les Jeux olympiques ce nombre d'heures atteindra les 20.000.
Outre la lutte contre les drones qui auront jusqu'à la veille de leur vol pour être autorisés, le ministère des Armées surveillera l'espace aérien qui sera restreint, voire totalement fermé dans une rayon de 150 km le jour de la cérémonie d'ouverture.
D.Bachmann--VB