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Macron retrouve Chareh pour sa deuxième journée à Damas
Emmanuel Macron retrouve mardi le président syrien Ahmad al-Chareh lors d'entretiens formels au second jour de sa visite inédite à Damas, pour évoquer la reconstruction du pays ravagé par la guerre civile et marteler son message sur l'"unité" et la "pluralité" de la Syrie.
Le chef de l'Etat français, premier dirigeant d'une puissance occidentale à se rendre en Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad et l'arrivée au pouvoir fin 2024 d'une coalition islamiste, va d'abord s'entretenir avec des représentants de la société civile.
Il sera ensuite accueilli par son homologue au palais présidentiel pour un entretien puis un "forum économique consacré à la reconstruction de la Syrie et aux corridors stratégiques".
Au sortir de plus de treize années de guerre civile qui l'avaient isolée sur la scène internationale, la Syrie aimerait "se repositionner comme porte de l'Orient pour l'Union européenne", analyse Arthur Quesnay, chercheur affilié à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. L'enjeu est d'offrir des routes maritimes, terrestres et de connectivités alternatives vers l'Irak et le Golfe.
Emmanuel Macron est accompagné de plusieurs dirigeants d'entreprises françaises, dont ceux de CMA-CGM Rodolphe Saadé et de TotalEnergies Patrick Pouyanné. Des signatures d'accords sont prévues, même si les investisseurs se montrent encore timides.
Dans un entretien avec la chaîne française BFMTV lundi, Ahmad al-Chareh a souligné "les énormes opportunités d'investissement" dans son pays. La France va participer à "la reconstruction d'infrastructures dans des secteurs comme le tourisme, l'agriculture, l'industrie", et Damas s'apprête à commander huit avions au constructeur européen Airbus, a-t-il ajouté.
- Mosquée des Omeyyades -
Lors d'une conférence de presse conjointe avec le dirigeant de la transition, le président français pourra redire "l'engagement de la France auprès du peuple syrien", "pour une Syrie souveraine, unie dans sa pluralité et en paix avec ses voisins", comme il l'a fait sur X à son arrivée lundi soir.
Après son atterrissage, il s'est affiché dans un cadre informel avec le président Chareh, dans un restaurant du vieux Damas puis, tous deux en bras de chemise, dans la célèbre mosquée des Omeyyades à Damas.
"En ces jours incertains pour la région, la Syrie renaît grâce et par son peuple, à travers son unité et son goût pour l'avenir. Et la France est là, à ses côtés", a écrit le chef de l'Etat français dans le livre d'or, avant une dernière étape nocturne, dans la même voiture, pour admirer ensemble les lumières de la capitale depuis le mont Qassioun.
Emmanuel Macron avait déjà été le premier dirigeant occidental à accueillir Ahmad al-Chareh, en mai 2025, lorsqu'il avait fait le pari d'accompagner la transition syrienne en s'affichant à l'Elysée avec cet ancien jihadiste. Malgré les critiques de ses opposants de droite et d'extrême droite en France, pays encore marqué par les attentats jihadistes de 2015, orchestrés depuis la Syrie.
La visite à Paris avait précédé un autre déplacement, encore plus stratégique, du dirigeant syrien à Washington auprès de Donald Trump, et la levée des sanctions européennes et américaines contre la Syrie.
Si l'Elysée inscrit ce déplacement à Damas dans le droit fil du soutien français à la révolution syrienne, Emmanuel Macron devrait insister sur la nécessité d'inclure pacifiquement à l'Etat syrien les Kurdes, qui ont combattu avec les Occidentaux contre le groupe jihadiste Etat islamique. Et de protéger les minorités.
Le président Chareh s'est engagé en ce sens, mais le pays a été le théâtre de massacres d'alaouites en mars 2025 et d'affrontements sanglants avec des combattants druzes il y a un an.
Le chef de l'Etat français se rendra dans la foulée mardi soir à Ankara pour le sommet de l'Otan, et s'y entretiendra mercredi avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, avec lequel le dossier syrien pourra être évoqué. Dans la capitale turque, le président syrien rencontrera lui Donald Trump.
T.Egger--VB