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Argentine: le peso s'effondre sur fond de stress pré-élections
Nouvelle crise de nerfs monétaire en Argentine: le dollar a franchi mardi le seuil record de 1.000 pesos pour un dollar au marché parallèle, sur fond de volatilité des changes et d'incertitude politique, à douze jours d'une élection présidentielle capitale pour une économie notoirement fragile.
Le dollar, à 365,50 pesos au taux officiel depuis une dévaluation mi-août, s'échangeait lundi à 945 pesos sur le marché informel (contre 880 vendredi). A la mi-journée, il atteignait 1.035 pesos, selon les sites spécialisés.
Mais à vrai dire, les "arbolitos", changeurs officieux de la rue, avaient déserté l'hyper-centre touristique de Buenos Aires, attendant un peu de stabilité pour faire négoce...
"Jamais en pesos, jamais en pesos !" a-t-il insisté. "Ces déchets ne servent même pas comme engrais", a-t-il lancé, expliquant qu'une dollarisation de l'économie --mesure au coût social risqué et très controversée chez les économistes-- serait plus facile à réaliser avec un dollar fort par rapport au peso.
Le marché parallèle du dollar ne représente pas un important volume, mais il est un thermomètre fiable qui reflète les anticipations, en ce cas la nervosité, des Argentins. Qui, soumis à un contrôle des changes, se pressent pour acheter des dollars au taux de la rue, et les stocker en prévision du pire: une valeur-refuge, dans une économie de facto bi-monétaire.
Mais au centre de Buenos Aires, des commerçants se plaignent mardi que des grossistes, "qui déjà demandaient à être payés au comptant, désormais te vendent pour certains au taux parallèle, moyennant ristourne. Sinon ils ne te vendent pas", se désole auprès de l'AFP Angela Sambrano, une libraire.
-- Les banques avertissent Milei --
Le ministre de l'Economie Sergio Massa, candidat présidentiel du bloc gouvernemental (centre-gauche), et voué a priori à un second tour face à Milei, a qualifié ce dernier "d'irresponsable".
"Agiter, dire aux gens de retirer leurs dépôts de façon irresponsable... quand je vois des candidats capables de mettre le feu à la maison pour gagner une élection, ça m'inquiète", a-t-il lancé. Cela "ne nuit pas moi, mais à des millions d'Argentins", et Milei "joue avec les économies des gens", a-t-il accusé.
Et le gouvernement a annoncé mardi un rapprochement partiel de taux de change (l'Argentine en a plusieurs) pour certains types de dépenses, afin de dissuader l'achat de dollars.
Sur ce fond d'extrême nervosité, la Banque centrale a lundi soir publié un communiqué pour rassurer, affirmant que "le système argentin présente une situation solide de solvabilité, de capitalisation, de liquidités et de provisions". En d'autres termes, que les Argentins n'ont pas à s'affoler pour leur épargne.
Mardi, l'Association des banques privées et publiques a repris au vol Milei, sans le nommer, appelant dans un communiqué "les candidats aspirant à gouverner à faire preuve de responsabilité dans leur campagne et déclarations", et à ne pas "engendrer inutilement de l'angoisse chez beaucoup de gens".
- Le spectre de la "Gran Crisis" -
Car nombre d'Argentins restent hantés par le souvenir de la "Gran Crisis" de 2001, lorsqu'une carence de réserves de changes --comme aujourd'hui--, ajoutée à des chocs externes, avait entraîné une trop forte demande de dollars pour l'offre, amenant une faillite bancaire et le gel des retraits.
Un vent de panique, des scènes de pillages, des émeutes, avaient suivi, qui firent 39 morts en décembre 2001. Sans doute la crise qui traumatisa le plus les Argentins depuis la dictature de 1976-1983.
Nombre d'économistes convergent toutefois pour estimer que la situation de l'Argentine est très différente en 2023, notamment un système bancaire autrement plus solide, ce qu'ont rappelé les banques mardi. Ce, malgré "des niveaux de réserve de change dangereusement bas", avertissait mi-août le FMI.
Mais le consensus est aussi que le peso "officiel" reste surévalué par rapport au dollar, et nombre d'Argentins redoutent une nouvelle dévaluation post-élections, comme celle survenue mi-août après les primaires. Et qui a rongé plus encore un pouvoir d'achat déjà érodé par l'inflation à 124% sur un an (80,2% depuis janvier).
Le scrutin du 22 octobre s'annonce indécis, avec Milei autour de 33-35%, selon une moyenne de plusieurs sondages, et voué a priori à un second tour avec Massa (29-30%), la candidate du bloc d'opposition (centre-droit) Patricia Bullrich étant sensiblement distancée à 25-26%.
U.Maertens--VB