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Funérailles de victimes d'une frappe pakistanaise sur Kaboul
Une partie des centaines de victimes d'un bombardement pakistanais sur un hôpital pour toxicomanes de Kaboul ont été enterrées mercredi, le gouvernement afghan promettant une vengeance, mais laissant la porte ouverte à la diplomatie pour résoudre le conflit avec le Pakistan.
Sur une colline de la capitale afghane balayée par la pluie, des volontaires du Croissant-Rouge ont déposé en fin d'après-midi de simples cercueils de bois dans une tombe commune fraîchement creusée, a constaté un journaliste de l'AFP.
Un peu plus de cinquante victimes ont été enterrées mercredi, selon un porte-parole du ministère de la Santé. D'autres seront inhumées dans leur région d'origine, a indiqué à l'AFP Abdul Mateen Qani, porte-parole du ministère de l'Intérieur.
Plusieurs responsables des autorités talibanes ont assisté à la cérémonie, encadrée par un important dispositif de sécurité.
"Aujourd'hui est un jour triste", a déclaré le ministre afghan de l'Intérieur en rappelant que la frappe a eu lieu juste quelques jours avant la fin du mois sacré du ramadan pour les musulmans.
"Les Afghans vivent des jours difficiles, et nous les vengerons", a-t-il ajouté. "Nous ne sommes pas faibles, vous verrez les conséquences de vos crimes", a lancé le ministre à l'attention des forces pakistanaises.
Mais Sirajuddin Haqqani, qui fut longtemps l'homme le plus recherché par Washington en Afghanistan, a laissé la porte ouverte à une résolution du conflit par la médiation.
"Nous ne voulons pas la guerre, mais la situation est arrivée à ça, nous essayons de résoudre le problème par la diplomatie", a-t-il souligné.
- "Horrible" -
Une frappe qui a touché l'hôpital a fait 408 morts et 265 blessés, selon les autorités talibanes.
L'ONG humanitaire Norwegian Refugee Council (NRC) a évoqué mercredi des "centaines de morts et de blessés", après s'être rendue sur le site, confirmant le lourd bilan.
"Cette structure, qui était supposée accueillir environ 2.000 patients était très lourdement endommagée, certaines parties étaient complètement détruites. (...) Nous avons vu beaucoup de morceaux de corps disséminés, la frappe a été si forte que certains corps ont explosé", a poursuivi M. Caridi, évoquant des scènes "horribles".
Des journalistes de l'AFP présents sur les lieux de la frappe lundi soir et mardi matin avaient pu compter au moins 95 corps extraits des décombres.
Le Pakistan dément avoir ciblé le centre, comme l'en accuse le gouvernement taliban, et soutient n'avoir visé que des "objectifs" militaires et terroristes".
Le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés a réclamé mardi une enquête "rapide" et "indépendante" sur la frappe.
- Appels à un cessez-le-feu -
Les appels se sont multipliés pour un cessez-le-feu immédiat entre le Pakistan et l'Afghanistan.
Le Pakistan accuse son voisin d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que le gouvernement afghan dément.
Après une escalade en octobre qui avait fait des dizaines de morts, les affrontements s'étaient calmés sans jamais s'arrêter.
Mais ils ont repris avec intensité le 26 février après des frappes pakistanaises, Islamabad parlant le lendemain de "guerre ouverte".
Selon un nouveau bilan de l'ONU donné mardi mais qui ne tient pas compte de la frappe sur l'hôpital, au moins 76 civils afghans ont été tués depuis le 26 février. Plus de 115.000 personnes ont été déplacées en Afghanistan.
"Les efforts de gouvernements étrangers, dont la Chine, le Qatar et la Turquie, ont échoué à faire retomber les tensions", a souligné Ibraheem Bahiss, analyste au centre de réflexion International Crisis Group, soulignant que "sans un cessez-le-feu, la situation risque de se détériorer, au détriment principal des civils".
Le représentant spécial russe pour l'Afghanistan, Zamir Zaboulov, a déclaré mardi au média russe Izvestia que la Russie "tente de trouver une solution de compromis" et serait prête à effectuer une "médiation" mais "seulement si les deux parties lui en font la demande simultanément".
M.Vogt--VB