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L'euro numérique fera-t-il de l'ombre à Visa et Mastercard?
L'euro numérique, présenté comme une alternative européenne aux Américains Visa et Mastercard pour les paiements électroniques, devrait franchir mardi une étape cruciale au Parlement européen.
En quoi consiste-t-il et que va-t-il changer pour les consommateurs?
- Qu'est-ce que l'euro numérique ?
Il s'agit d'une version dématérialisée de l'euro, conçue par la Banque centrale européenne (BCE) pour offrir une alternative aux géants américains du secteur des paiements.
"Les espèces seront toujours disponibles, et les gens pourront continuer d'utiliser les méthodes de paiement existantes. L'euro numérique offrira simplement un choix supplémentaire aux consommateurs, et garantira leur liberté en matière de mode de paiement, dans une vie quotidienne de plus en plus numérique", explique à l'AFP Alessandro Giovannini, conseiller sur ce projet au sein de la BCE.
Mais surtout, "c'est aussi une chance de mettre fin à une dépendance dont nous nous accommodons depuis trop longtemps", dit-il.
En effet, la zone euro est très dépendante de systèmes gérés par des opérateurs privés pour la plupart américains, comme Visa, Mastercard et American Express, mais aussi PayPal ou Apple Pay.
"Aujourd'hui, près des deux tiers des paiements par carte dans la zone euro sont traités par des entreprises non européennes, et 13 des 21 pays de la zone euro ne disposent d'aucun système national de cartes pour les paiements courants en magasin ou en ligne", souligne Alessandro Giovannini.
Les Européens gardent en tête une leçon cuisante: les sanctions prononcées l'an dernier par Washington contre des juges de la Cour pénale internationale (CPI), dont le Français Nicolas Guillou, qui s'était retrouvé du jour au lendemain privé de sa carte Visa.
- Comment fonctionnera-t-il?
Les euros numériques auront toujours la même valeur que leur équivalent en pièces et billets.
Pour les utiliser, il faudra créer un compte dédié au sein d'une banque ou d'un établissement public type bureau de poste, et y transférer de l'argent depuis un autre compte, ou via un dépôt d'espèces.
On pourra alors payer avec ces euros dématérialisés dans les magasins, en ligne ou entre particuliers, via différentes méthodes: carte de paiement, application bancaire, téléphone...
Le système serait respectueux de la vie privée, sans possibilité d'identifier les auteurs des transactions, et avec un mode "hors ligne" offrant une confidentialité identique aux espèces.
La BCE travaille en outre avec les acteurs du e-commerce sur des options innovantes, comme les paiements conditionnels (règlement une fois la livraison effectuée, ou en plusieurs fois...).
- Pourquoi les banques n'en veulent pas?
Les banques sont très critiques, pour plusieurs raisons.
La principale est le coût: elles craignent d'avoir à régler une facture astronomique : 18 milliards d'euros pour l'ensemble du secteur bancaire, selon une étude publiée en avril par la Fédération bancaire européenne (EBF).
La BCE, elle, promet un coût beaucoup plus raisonnable, évalué en octobre entre 4 et 5,8 milliards.
Les banques craignent aussi d'être fragilisées : si les clients convertissent leur argent en euros numériques, leurs dépôts bancaires vont fondre, préviennent-elles. Un risque balayé par la BCE, gardienne de la stabilité financière en zone euro.
"Grâce à sa conception qui empêche les retraits massifs de dépôts, l'euro numérique ne présenterait pas de tels risques, même dans des situations de crise extrêmes et improbables", assure M. Giovannini.
Enfin, les grandes banques voient dans l'euro numérique un concurrent de leurs propres solutions de paiement dont Wero, nouveau système paneuropéen.
- Quand sera-t-il lancé?
La BCE espère pouvoir commencer à émettre des euros numériques en 2029, si la législation nécessaire est adoptée d'ici la fin de l'année.
Jusqu'ici, ce calendrier était une gageure. La Commission européen a présenté un projet de loi il y a maintenant trois ans, qui s'est totalement enlisé au Parlement européen.
Cette situation devrait se débloquer mardi, le comité des affaires économiques du Parlement s'apprêtant à approuver l'ouverture de négociations avec les Etats membres, en vue de trouver un compromis sur ce texte.
Si ces négociations sont bouclées à temps, la BCE se dit prête à lancer une phase pilote mi-2027, pour tester ce futur moyen de paiement avant son lancement effectif.
La BCE défend ce calendrier de lancement, jugé trop long par certains. "L'euro numérique va réduire la dépendance (aux solutions non-européennes) dans toute la zone euro et couvrir tous les types de paiements. Aucune autre initiative n'a la même ambition de renforcer de manière structurelle la souveraineté européenne", assure Alessandro Giovannini.
D.Bachmann--VB