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Participation massive en Hongrie, où le chef de l'opposition se dit "prudemment optimiste" en sa victoire
Le chef de l'opposition hongroise, Peter Magyar, s'est dit "prudemment optimiste" en sa victoire dimanche soir, après des législatives marquées par une participation record d'électeurs appelés à choisir entre offrir un cinquième mandat consécutif au Premier ministre nationaliste, Viktor Orban, ou opter pour l'alternance.
"Nous sommes optimistes, ou plutôt prudemment optimistes", a déclaré le conservateur pro-européen après la publication de sondages réalisés en fin de semaine par plusieurs instituts indépendants et publiés dans la soirée, qui donnent son parti Tisza à plus de 50% des voix. "Nous ne voulons pas gagner un sondage d'opinion, mais nous gagnerons une élection", a-t-il ajouté devant plusieurs milliers de supporters réunis à son QG de campagne.
Parmi eux, Orsolya Rozgonyi se dit "vraiment très excitée". "Je suis venue à cet événement pleine d'espoir, donc je pourrais résumer en disant que je suis optimiste quant au changement, bien sûr", ajoute la responsable des ressources humaines de 28 ans.
L'ambiance était plus feutrée du côté du Fidesz de Viktor Orban où les supporters étaient cantonnés loin du centre de presse.
Le chef de cabinet de Viktor Orban, Gergely Gulyas, le seul à passer la tête pour parler aux médias, a souligné que les "grandes tendances ne ser[aie]nt connues que dans deux ou trois heures".
"Sur la base de nos propres sondages, les partis au gouvernement ont une chance réaliste d'obtenir les 100 sièges nécessaires pour former une majorité" au Parlement qui compte 199 membres, a-t-il ajouté.
Le taux de participation qui n'est pas encore définitif à ces élections dont le résultat est scruté par de nombreuses capitales à travers le monde, en particulier en Europe et aux Etats-Unis, était de 77,80% à 18H30 (16H30 GMT), dépassant le précédent record de 70,5% établi lors des législatives de 2002, selon la commission électorale.
Alors que les journalistes de l'AFP ont pu observer des files d'attente devant de nombreux bureaux de vote, la hausse de la participation a surtout été marquée dans les villes moyennes et parmi les jeunes électeurs, plus favorables à Peter Magyar, selon des analystes.
- "Entre l'Est ou l'Ouest" -
Novice en politique, Peter Magyar a réussi en deux ans à construire un mouvement d'opposition capable de faire de l'ombre à Viktor Orban qui a forgé un système à son service et celui de ses proches depuis son retour au pouvoir en 2010.
Après avoir voté en début de matinée à Budapest, Peter Magyar, 45 ans, avait appelé les Hongrois à se mobiliser pour cette "élection décisive".
"Nous choisissons entre l'Est ou l'Ouest, la propagande ou un débat public honnête, la corruption ou une vie publique intègre (...)", a-t-il dit, ajoutant plus tard dans la matinée: "ce soir le cauchemar que nous avons vécu ces dernières années prendra fin".
"Je suis là pour gagner", a déclaré de son côté Viktor Orban après son vote à Budapest, mettant en avant ses amitiés à travers le monde "des Etats-Unis à la Chine, en passant par la Russie et le monde turc" et envoyant une énième pique à Bruxelles, qu'il accuse de vouloir priver la Hongrie de "sa souveraineté".
Son vice-président, JD Vance, est venu à Budapest cette semaine vanter ses mérites et critiquer l'ingérence des "bureaucrates de Bruxelles". Trump lui-même a multiplié les messages vendredi, promettant de mettre la "puissance économique" des Etats-Unis au service de son "ami" anti-immigration comme lui.
Le dirigeant hongrois, qui a érigé son pays de 9,5 millions d'habitants en modèle de démocratie illibérale, est considéré comme un exemple par de nombreux mouvements d'extrême droite à travers le monde.
Il est aussi proche du président russe, Vladimir Poutine, et a régulièrement critiqué les sanctions de l'Union européenne contre la Russie depuis qu'elle a envahi l'Ukraine en 2022.
- Corruption et stagnation de l'économie -
L'UE, dont la Hongrie fait partie depuis 2004, a gelé des milliards d'euros de financements, l'accusant de saper l'Etat de droit.
Durant sa campagne, M. Orban a promis de poursuivre sa répression contre les "fausses organisations de la société civile, les journalistes vendus, les juges (et) les politiciens".
S'il l'emporte, "cela signifiera clairement (...) un basculement vers l'autoritarisme", estime Andrea Szabo, du Centre des sciences sociales de l'université ELTE.
Viktor Orban s'est aussi présenté comme un rempart contre l'Ukraine, qu'il accuse de vouloir entraîner les Hongrois dans la guerre. Mais face à la stagnation de l'économie et une corruption devenue trop flagrante, l'argument n'a pas pris, selon des analystes.
En cas de résultats serrés, le vainqueur pourrait ne pas être désigné avant samedi prochain.
L'opposition hongroise craint que Viktor Orban ne reconnaisse pas le résultat des élections, et des accusations d'ingérence russe et d'achat massif de voix par le Fidesz ont émergé.
Le dirigeant nationaliste a accusé en retour Tisza de "comploter avec des services de renseignement étrangers" pour manipuler les résultats, et son parti a lancé des messages alarmistes toute la journée affirmant que Peter Magyar préparait "une guerre civile".
"La volonté du peuple doit toujours être respectée", a-t-il déclaré dimanche matin.
G.Haefliger--VB