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Les Bourses rechutent en Asie face à la guerre commerciale de Trump
Les Bourses asiatiques ont lourdement rechuté vendredi dans le sillage de Wall Street, signe d'inquiétude face à la guerre commerciale de Donald Trump et au moment où l'Union européenne menace de taxer les géants américains de la tech.
Après son revirement spectaculaire mercredi, l'imprévisible président des Etats-Unis a une nouvelle fois défendu jeudi à Washington son offensive sur les droits de douane censée rapatrier de la production industrielle aux Etats-Unis, assurant qu'elle était une "bonne chose".
Mais face à l'incertitude que provoque cette politique et à la poussée de fièvre sino-américaine, les marchés financiers s'affolent.
Dans le sillage de Wall Street, l'indice de Tokyo a plongé de 4,22% vers 03H00 GMT et l'indice de Séoul a décroché de 1,18%. Wall Street avait terminé en net recul jeudi, le Dow Jones perdant 2,50% et l'indice Nasdaq 4,31%.
Les places chinoises souffrent également, à l'image de Shanghai dont l'indice cédait 0,23%.
Les Bourses avaient pourtant rebondi après le gel de 90 jours, annoncé mercredi par Donald Trump, des surtaxes punitives qu'il venait d'imposer à 60 partenaires commerciaux, le temps de boucler des négociations avec Washington.
Reste que les Etats-Unis maintiennent depuis début avril des taux planchers de 10% et des surtaxes douanières de 25% sur l'acier, l'aluminium et l'automobile, notamment contre l'UE.
- "Catastrophe du libre échange" -
D'ailleurs, le président du syndicat américain des ouvriers de l'industrie automobile (UAW), Shawn Fain, a salué jeudi ces taxes sur les voitures importées, afin de juguler la "catastrophe du libre échange".
Le cas de la Chine, finalement frappée par une surtaxe monumentale à 145%, effraie aussi les investisseurs.
Alors, si les discussions avec les Etats-Unis échouent, la Commission européenne pourrait taxer les géants américains de la tech, dorénavant soutiens de Donald Trump, a menacé sa présidente Ursula von der Leyen.
"Il existe un large éventail de contre-mesures", a-t-elle indiqué dans le Financial Times, citant "une taxe sur les revenus publicitaires des services numériques" et le recours à l'"instrument anti-coercition", surnommé "bazooka" et pensé comme un outil de dissuasion.
Mais M. Trump, qui à 78 ans bouleverse l'ordre économique international, s'est montré serein: "La transition aura un coût et posera des problèmes, mais en fin de compte, ça sera une bonne chose", a-t-il assuré lors d'un Conseil des ministres à la Maison Blanche.
Son ministre des Finances Scott Bessent a affirmé ne "rien" voir d'"inhabituel aujourd'hui" sur les marchés, alors que des élus démocrates ont estimé que le président républicain les avait peut-être illégalement manipulés en encourageant l'achat d'actions juste avant sa volte-face mercredi.
Un soupçon de délit d'initié selon des démocrates.
Offrant du répit au reste du monde, l'ancien magnat de l'immobilier cible en priorité le rival chinois.
La Maison Blanche a précisé dans un décret présidentiel que la surtaxe sur des produits "made in China" était dorénavant de 145%, c'est à dire 125% plus le taux initial de 20% imposé à Pékin pour des accusations de production de fentanyl, un opioïde responsable d'une terrible crise de santé publique aux Etats-Unis.
- "Très intelligent" -
Isolée face à l'administration Trump, la seconde puissance mondiale a promis de "se battre jusqu'au bout".
"La porte est ouverte pour des négociations, mais ce dialogue doit être mené sur un pied d'égalité et basé sur le respect mutuel", a toutefois tempéré le ministère chinois du Commerce.
D'autres pays asiatiques -- très dépendants de leurs exportations vers les Etats-Unis -- font profil bas. A l'instar du Vietnam et du Cambodge, producteurs de textiles et membres de l'Association des nations d'Asie du sud-est (Asean), laquelle a dit qu'elle ne prendrait pas de mesures de rétorsion.
L'UE a aussi suspendu sa riposte, ce que Donald Trump a jugé "très intelligent".
L'impétueux président a encore menacé jeudi soir le Mexique de nouveaux droits de douane, sur fond de tensions sur le partage des eaux des fleuves Colorado et Rio Grande, à la frontière entre les deux géants.
Avec ses taxes à l'importation, Donald Trump pense avoir trouvé la martingale pour relocaliser la production industrielle dans son pays qu'il estime être victime de méfaits de la mondialisation.
Il veut ainsi encaisser des droits de douane et pousser ses partenaires à prendre plus de biens exportés.
Mais, selon le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, les pays qui commercent avec les Etats-Unis ne savent pas "comment négocier" car "il n'y a pas de théorie économique derrière ce qu'il [Donald Trump] fait".
"C'est un autre monde", a-t-il estimé dans l'émission américaine Democracy Now!
burs-nr/phs
S.Spengler--VB