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A Prague, une péniche pour accueillir des sans-abri de plus en plus nombreux
En cette soirée de janvier particulièrement glaciale, des dizaines de personnes font la queue pour passer la nuit sur l'Hermes, une péniche amarrée près de l'un des nombreux ponts qui enjambent la rivière Vltava à Prague, où le nombre de sans-abri connaît une augmentation inquiétante.
Pour Jaromir Cervenka, l'Hermes, devenu le plus grand dortoir pour sans-abri de République tchèque, est plus qu'un foyer temporaire.
L'homme de 49 ans, qui s'est retrouvé à la rue après un divorce il y a vingt ans, y a emménagé dès son ouverture en février 2007, et en est devenu depuis le capitaine et agent d'entretien, disposant de sa propre cabine. "C'est agréable d'avoir un endroit où séjourner au chaud et où l'on peut se laver. Et on peut aussi apporter sa propre nourriture", dit à l'AFP ce forgeron de formation.
Les statistiques sont rares mais selon un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), datant de 2024, la République tchèque en compte près de 105.000.
Avec donc 0,97% de sa population concernée, cela fait du pays de 10,9 millions d'habitants le troisième le plus touché parmi les membres de l'OCDE, derrière la Nouvelle-Zélande et la Slovaquie.
Toujours en 2024, l'Office tchèque des statistiques indiquait que 154.000 personnes étaient concernées par une "crise aiguë du logement", dont 61.000 enfants contraints de vivre en dortoir.
Face à ce phénomène alarmant, le Parlement tchèque avait adopté en juin 2025 une loi pour soutenir l'accès au logement. Mais le gouvernement nationaliste d'Andrej Babis, arrivé au pouvoir en décembre, ne fait pas mention des sans-abri dans son programme.
Sollicité, le ministère du Travail et des Affaires sociales n'a pas répondu aux questions de l'AFP.
- "Bons d'hébergement" -
Pour tenter d'impliquer la population dans l'aide aux sans-abri, l'Armée du salut a lancé une initiative originale il y a dix ans : chaque habitant peut acheter des "bons d'hébergement" virtuels d'une valeur nominale de 100 couronnes tchèques (4 euros environ) pour aider à couvrir les coûts non pris en charge par l'Etat, comme par exemple les repas.
Cet hiver, elle en a vendu 25.000.
"Beaucoup de gens, surtout dans les grandes villes et lors des nuits glaciales, se présentent sans argent, et nous voulons être sûrs que cela ne les empêche pas de dormir dans un dortoir de l'Armée du salut", a souligné M. Krupa.
Comme chaque soir, l'Hermes ouvre ses portes à 19H30 et peut accueillir jusqu'à 180 personnes, dont 30 femmes et 150 hommes qui devront libérer leurs lits à 6H30 du matin.
"Le taux d'occupation des lits est plus faible l'été, sous la barre des 100 personnes, tandis que juste avant l'hiver le bateau est plein", souligne Katerina Prochazkova, responsable des services sociaux à bord de l'Hermes.
Les personnes accueillies doivent être sobres et capables d'emprunter l'escalier raide qui mène à l'embarcation, dont le fonctionnement est financé par la mairie de Prague. Après leur inscription, elles ont la possibilité de prendre une douche et boire une tasse de thé, mais n'ont pas le droit de cuisiner de repas chaud à cause du risque d'incendie.
Avant d'être réaménagée en dortoir, la péniche transportait du sable et du gravier sur l'Elbe, raconte Katerina Prochazkova. Aujourd'hui, "c'est le plus grand dortoir pour sans-abri du pays", affirme-t-elle à l'AFP.
Une demi-heure après son ouverture, le lieu grouille d'activité.
David Mudroch y a trouvé refuge pour la première fois en octobre, car il n'arrivait plus à payer son loyer. Il en est parti en novembre après avoir décroché un emploi avec logement. "Mais ils m'ont licencié en janvier à cause d'une blessure à la main, alors je suis revenu. J'espère que ce ne sera pas pour longtemps", dit le jeune homme de 22 ans, à la recherche d'un poste d'ambulancier.
B.Baumann--VB