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Birmanie: les partisans d'Aung San Suu Kyi, assignée à résidence, espèrent son retour dans sa villa
Près de la villa verdoyante de Rangoun où l'ex-présidente birmane Aung San Suu Kyi a été enfermée des années durant, rien ne laisse penser que l'endroit va redevenir un lieu de pèlerinage politique cher à ses partisans, comme ce fut le cas lors de sa dernière assignation à résidence.
Le président Min Aung Hlaing, qui a mené le coup d'État de 2021 renversant puis emprisonnant l'ancienne dirigeante élue âgée de 80 ans, a ordonné qu'elle purge le restant de sa peine de prison assignée à résidence.
Les soutiens de celle que l'on appelle "la Dame de Rangoun", prix Nobel de la Paix en 1991, craignent toutefois que tout contact avec le public soit fortement limité.
Aung San Suu Kyi a été condamnée à plus de 30 ans de prison pour des chefs d'accusation allant de la corruption à la violation des réglementations liées au Covid-19. Une grâce accordée en 2023 pour certains des crimes retenus contre elle a abouti à réduire sa peine à 27 ans.
Vendredi à Rangoun, capitale économique du pays, la demeure de famille qui avait déjà vu Aung San Suu Kyi assignée à résidence par l'armée entre 1989 et 1995, puis entre 2000 et 2010 pour son combat en faveur de la démocratie, était soumise à son dispositif de sécurité habituel.
Des barrières de circulation en fil barbelé étaient toujours en place près d'un poste de police, avec pour seul présence un jardinier qui arrosait la pelouse le long de la route, devant l'entrée.
"Je me réjouis qu'elle soit passée de la prison à l'assignation à résidence. Je veux qu'elle soit libre, et je veux que notre pays s'épanouisse et prospère", soutient une femme au foyer de Rangoun, âgée de 65 ans, s'exprimant sous couvert d'anonymat pour des raisons de sécurité.
- "Preuves concrètes" de vie -
"Je souhaite également voir des preuves concrètes que notre +tante+ est en vie et en bonne santé, tant pour les habitants de notre pays que pour le monde entier", a-t-elle ajouté, utilisant ce terme affectueux pour désigner Aung San Suu Kyi.
Aung San Suu Kyi est détenue depuis le coup d'État de 2021 mené par Min Aung Hlaing, qui a déclanché une guerre civile dévastatrice et une répression contre les dissidents.
Lors de ses premières assignations à résidence, elle prononçait des discours par-dessus le mur d'enceinte de sa demeure, créant ainsi une dynamique qui allait mener à une expérience démocratique de dix ans qu'elle allait diriger, à partir de 2010.
Mais cette fois, il semble que la Dame de Rangoun sera maintenue à l'isolement dans la capitale politique, Naypyidaw, a confié à l'AFP une source au sein de son parti dissous, la Ligue nationale pour la Démocratie (LND).
Une source sécuritaire, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a précisé qu'elle resterait dans une propriété située à l'intérieur d'un périmètre militaire.
Le nombre d'années qu'il lui reste à purger n'a pas non plus été communiqué par le président.
Bo Thanmani, un rebelle prodémocratie qui a quitté la robe monastique pour combattre le régime militaire dans la région septentrionale de Sagaing, a qualifié l'assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi de "bonne initiative".
- Début d'une "réconciliation" -
"Nous ne voulons pas remercier le régime, cette arrestation était injuste", soutient-il.
Mais il estime que cela pourrait être le début d'un processus de réconciliation, "étape par étape", entre des camps que le coup d'État a dressés les uns contre les autres, a-t-il ajouté.
Aung San Suu Kyi, dont l'état de santé s'est dégradé, reste populaire en Birmanie.
Sa famille, des militants et certains analystes rejettent les élections et les concessions mises en avant par Min Aung Hlaing, qu'ils considèrent comme une manœuvre de propagande destinée à redorer son image et légitimer son pouvoir.
Le véritable test, disent-ils, sera de voir si elle sera autorisée à entrer de nouveau en communion avec les citoyens birmans, et si ceux-ci se sentiront à nouveau en sécurité pour lui apporter ouvertement leur soutien.
"Je ne vois aucun changement politique dans le fait de la placer en résidence surveillée", a déclaré pour sa part un médecin de Rangoun, s'exprimant anonymement pour des raisons de sécurité.
"Je reste inquiet".
C.Kreuzer--VB