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Birmanie : Aung San Suu Kyi purgera le reste de sa peine assignée à résidence
Le chef de la junte birmane, récemment devenu président, a ordonné jeudi que l'ancienne dirigeante élue Aung San Suu Kyi, emprisonnée depuis cinq ans, purge le restant de sa peine de prison assignée à résidence.
Dans un communiqué de son bureau, le nouveau chef de l'Etat, Min Aung Hlaing, qui avait été à la tête du coup d'Etat de 2021 contre le gouvernement de la lauréate du prix Nobel de la Paix, a déclaré qu'il commuait le reste de la peine "en assignation à résidence".
A 80 ans, Aung San Suu Kyi reste populaire en Birmanie et sa famille alerte régulièrement sur la dégradation de son état de santé.
Le document officiel est accompagné d'une photographie semblant montrer Mme Suu Kyi assise, flanquée de deux hommes – l'un en chemise kaki et l'autre en uniforme de police.
Le nombre d'années qu'il lui reste à purger n'est pas précisé dans le communiqué officiel, pas plus que son lieu de résidence.
Mais une source dans son parti dissous, la Ligue nationale pour la Démocratie (LND), a dit à l’AFP qu’elle serait probablement maintenue à l’isolement dans la capitale Naypyidaw.
"Nous ne savons pas exactement où", a reconnu cette source, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité.
Selon une source policière, les forces de sécurité ont reçu l'ordre de mettre en place "des restrictions" jeudi soir dans certains quartiers de Naypyidaw.
"Le +lieu de résidence désigné+ mentionné dans cet ordre restera sous leur garde et leur contrôle directs", a-t-elle confié, elle aussi sous couvert d'anonymat.
- L'ONU salue une "étape importante" -
L'ONU s'est félicitée de la commutation de peine accordée à Aung San Suu Kyi.
"C'est une étape importante vers des conditions propices à un processus politique crédible", a réagi Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, appelant à nouveau à la libération de "tous les prisonniers politiques" en Birmanie.
Réaction positive aussi des avocats français de l'ex-dirigeante birmane.
"Aung San Suu Kyi a vécu l'enfer dans les prisons birmanes pendant plus de cinq ans. Nous saluons l'évolution de sa situation tout en soulignant qu’elle demeure injustement privée de liberté", ont commenté Mes François Zimeray et Catalina de la Sota.
En mai 2022, ils avaient dénoncé, auprès du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, la privation continue et illégale de liberté qui lui était infligée.
"A mon avis, ils (les chefs de la junte) jouent leur jeu habituel", a quant à lui dit au téléphone auprès de l'AFP Kim Aris, le fils de Mme Suu Kyi.
"Ils tentent de se légitimer auprès des médias internationaux et des gouvernements du monde entier", a-t-il poursuivi.
"Si elle a effectivement été assignée à résidence, j'espère qu'elle sera autorisée à communiquer avec moi et ses avocats, entre autres", a ajouté Kim Aris, avant de lâcher : "personne ne m'a contacté".
- Un état de santé préoccupant -
Aung San Suu Kyi, détenue depuis le putsch, avait d'abord été reconnue coupable au cours de procès à huis clos et condamnée à plus de 30 ans de prison pour des chefs d'accusation allant de la corruption à la violation des réglementations liées au Covid-19.
Une grâce accordée en 2023 pour certains des crimes retenus contre elle a abouti à réduire sa peine à 27 ans.
Aung San Suu Kyi demeure extrêmement populaire en Birmanie mais elle est maintenue dans un isolement quasi-total et sa famille a alerté sur son état de santé préoccupant.
Min Aung Hlaing a accédé à la présidence au début du mois à l'issue d'un processus électoral qualifié à l'étranger de manoeuvre pour prolonger le régime militaire sous une apparence de pouvoir civil et excluant la LND d'Aung San Suu Kyi.
Cette transition s'est accompagnée de l'assouplissement de certaines mesures répressives prises par la junte au cours des cinq dernières années.
Les défenseurs de la démocratie estiment que ceci ne constitue qu'un changement de façade destiné à redorer l'image du gouvernement, composé en majorité d'anciens militaires.
J.Sauter--VB