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Météorologue dans l'Arctique norvégien, métier artisanal et solitaire
Dans le froid de l'Arctique norvégien, le météorologue Trond Robertsen a relevé en avril une dernière fois, à la main, le niveau des précipitations sur l'île aux Ours, où il a assisté en première ligne au réchauffement climatique.
A 66 ans, M. Robertsen a pris sa retraite après avoir vécu dans des conditions spartiates au gré de missions d'une durée totale de huit ans, sur deux îles de l'archipel du Svalbard: Bjørnøya (île aux Ours en français) et Hogen.
L'hélicoptère est le seul moyen d'atteindre l'île aux Ours, où ne résident que les neuf employés de la petite station météo, remplacés tous les six mois."
L'idée n'est pas d'y rester longtemps. C'est un rythme difficile à tenir dans la durée, avec une forme d'isolement", témoigne le sexagénaire norvégien auprès de l'AFP.
Le rythme de travail y est exigeant: "c'est une activité 24H/24H et sept jours sur sept. On travaille jour et nuit", raconte Trond Robertsen. L'équipe fonctionne par roulement pour couvrir tous les créneaux.
L'observation météo commence à 06H00.
"C'est fait manuellement, il faut sortir et vérifier le seau qui recueille les précipitations", explique l'observateur météo.
"En hiver, il faut faire fondre la neige et la glace dans le seau pour pouvoir estimer la quantité de précipitations", ajoute-t-il.
Les données sont ensuite transmises aux services météorologiques de Tromsø et d'Oslo.
"Cette toute petite observation est en réalité cruciale pour les systèmes de prévisions météorologiques du nord, car il y a très peu d'observations dans cette zone", témoigne-t-il.
L'île aux Ours se trouve au milieu de zones de pêche et les bulletins de météo publiés deux fois par jour sont très attendus par les navires de pêche.
- Moins de glace, moins d'ours -
Depuis ses premières missions dans les années 1990 dans l'Arctique, Trond Robertsen a vu le climat changer.
"Quand j'ai commencé à venir dans le Nord, il y avait beaucoup de glace. Ces dernières années, il y en a moins, et aussi moins d'ours polaires. On peut vraiment voir le changement climatique", souligne le météorologue norvégien.
Les ours polaires sont une espèce classée parmi les populations vulnérables face au changement climatique depuis 1982, sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Leur nombre est en revanche presque impossible à évaluer.
En hiver, les employés de la station sortent toujours par deux et toujours armés à cause de la présence des ours polaires, même si le météorologue dit qu'il est plus rare d'en rencontrer aujourd'hui.
En avril, M. Robertsen a été victime d'un accident. Alors qu'il faisait de la menuiserie, il a glissé et s'est coupé un doigt et demi.
A cause de conditions météo exécrables, il a dû attendre 26 heures avant d'être évacué par hélicoptère et transporté à l'hôpital après s'être blessé.
"Une grosse tempête de neige venait d'arriver, et l'hélicoptère a seulement pu venir le lendemain", raconte-t-il.
Trond Robertsen ne regrette pas ces années passées dans ces conditions de vie austères.
"L'Arctique m'a offert tant d'expériences et de souvenirs, perdre mon petit doigt gauche et une partie de mon annulaire, ce n'est qu'un petit prix à payer en retour", estime-t-il.
G.Frei--VB