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Entre angoisse et espoir, les Iraniens célèbrent leur Nouvel an
De Téhéran sous les bombes à Los Angeles en passant par Paris et Londres, les Iraniens du monde entier célèbrent vendredi Norouz, leur Nouvel An, partagés entre l'angoisse de la guerre et l'espoir de meilleurs lendemains.
Fête la plus populaire de l'année, Norouz est toujours très attendue par les Iraniens, qui se rassemblent à l'heure de l'équinoxe - à 18H16 (14H46 GMT) - en famille ou avec des amis autour d'une table joliment garnie.
Mais cette année, l'atmosphère est moins festive. En particulier à Téhéran, dont les habitants sont soumis à rude épreuve depuis le début des frappes américano-israéliennes le 28 février.
"Honnêtement, je ne ressens pas vraiment l'ambiance de Norouz cette année", témoigne Amir, un habitant de 36 ans joint par l'AFP depuis Paris, sous couvert d'anonymat comme les autres personnes interrogées par l'AFP. "Les gens que je connais ne prévoient rien de spécial".
Hoda, une habitante de Saveh (ouest), se rendra dans la capitale pour se réunir en famille et espère "qu'il n'y aura pas de bombardements" en ce premier jour de la nouvelle année.
"Nous ne savons pas ce qui va se passer, mais la vie continue", ajoute, fataliste, cette femme de 44 ans.
Ces derniers jours, la capitale iranienne a presque retrouvé un visage normal, entre embouteillages et boutiques ouvertes, a constaté l'AFP. Sur certaines artères toutefois, des forces de sécurité lourdement armées et des véhicules blindés sont visibles.
- "Le coeur lourd" -
La tradition de Norouz est aussi extrêmement respectée par les millions d'Iraniens vivants à l'étranger. Comme à Los Angeles, surnommée "Téhérangeles" en raison de son immense communauté, évaluée à 500.000 personnes.
Sasha, un kinésithérapeute de 44 ans qui y vit depuis de nombreuses années, prévoit d'accueillir vendredi entre 30 et 40 personnes, à qui il servira du "sabzi polo ba mahi", un plat typique de riz aux herbes, servi avec du poisson.
Mais "j'ai le cœur lourd pour tous mes compatriotes en ce moment", témoigne-t-il. "Des milliers de personnes ont été massacrées il y a deux mois par le régime", durant le vaste mouvement de contestation de janvier, et "mon pays est maintenant bombardé de tous les côtés".
Signe de l'ambiance sombre, plusieurs festivités liées à Norouz ont été annulées à Los Angeles et dans les environs.
Installé au Royaume-Uni depuis 2003, Ali Nasiri, 48 ans, reconnaît que la plupart des Iraniens "n'ont pas vraiment le cœur à faire la fête". Mais ils tiennent à "perpétuer la tradition", confie-t-il depuis le "Petit Téhéran", une artère animée d'un quartier du nord de Londres.
- Contacts impossibles -
Shahabi, propriétaire de deux boulangeries dans le même quartier, a été très occupé ces deux dernières semaines. Malgré la guerre, "nous devons célébrer Norouz. Nous le faisons depuis des milliers d'années. Nous devons garder l'espoir d'un avenir meilleur".
Exilée à Paris, où elle est vendeuse, Mahnaz confie ressentir "des sentiments pleins de contradictions" pour ce Norouz: "à la fois une profonde douleur pour ce qui arrive à l'Iran et, en même temps, l'espoir que cette année pourrait être celle de la liberté".
En attendant, elle craint de ne pas être en mesure de souhaiter la bonne année à ses proches restés au pays en raison du blocage presque total des communications par les autorités iraniennes.
"Les autres années, nous étions en contact par téléphone, WhatsApp, etc... ce qui permettait de réduire la distance. Mais cette année, rien de tout cela n'est possible", se désole la jeune femme, qui fêtera Norouz avec quelques connaissances.
Zeinab, professeur de langue à Paris, fera le minimum avec son mari et ses enfants.
"Cette année, je me sens partagée entre l'espoir et le désespoir", confie cette quadragénaire, qui avait accueilli avec joie le lancement de la guerre, en espérant qu'elle provoquerait la chute de la République islamique.
"Mais maintenant je suis un peu déçue" alors que le conflit entrera samedi dans sa quatrième semaine.
L.Meier--VB