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A la veille des législatives, Kolding ville miroir des défis du Danemark
Hausse des prix, Etat providence et immigration: à l'approche des législatives du 24 mars au Danemark, les préoccupations des électeurs de Kolding reflètent celles des Danois, avec en filigrane une anxiété liée aux guerres et aux tensions sur le Groenland.
Ni vraiment urbaine, ni totalement rurale, cette ville proprette de 64.000 habitants - la huitième du pays - est au croisement des grands axes routiers et ferroviaires qui relient le Jutland, la partie continentale du Danemark, aux îles de l'est, où se trouve Copenhague.
Une multitude d'affiches électorales habillent les rues clairsemées du centre-ville, où beaucoup de boutiques ferment sans être remplacées.
"Il y a énormément de magasins vides", déplore Per Hansen, fleuriste de 54 ans. "Les gens n'osent pas se lancer, parce que ça coûte cher, et beaucoup de banques hésitent aussi à accorder des prêts".
Cet entrepreneur, installé depuis 2001, aimerait un coup de pouce du prochain gouvernement pour revitaliser le commerce local, menacé d'un côté par la vente en ligne et les centres commerciaux et de l'autre par la hausse des prix.
"Les prix augmentent, et parfois les consommateurs ne comprennent pas que le prix des fleurs grimpe", dit-il.
"La guerre au Moyen-Orient en ce moment fait aussi grimper le prix du pétrole et du carburant, donc ça coûte plus cher au camion hollandais d'amener les fleurs au Danemark".
- "Malgré tout, ça va" -
Wahida Abdul Mutaleb, une Afghane de 42 ans, reconnaît avoir du mal à joindre les deux bouts. "Nous devons économiser pour vivre", confie-t-elle.
"Malgré tout, ça va…", assure cette mère de quatre enfants entre 13 et 20 ans, qui met un point d'honneur à s'investir dans la vie de la commune où la famille est arrivée il y 12 ans.
A ses débuts, elle a fréquenté la Maison des Bénévoles, une association qui dépend du Conseil danois pour les Réfugiés, où elle a reçu de l'aide pour apprendre le danois et naviguer dans la société du petit pays scandinave. Elle y est elle-même bénévole aujourd'hui.
Musulmane, la quadragénaire assure n'avoir "jamais vécu de mauvaises expériences".
"Quand j'ai commencé à l’école de langue et que j'ai essayé d'apprendre un peu de danois, j'ai toujours reçu des sourires, beaucoup de patience".
En "politique nationale, certains partis ont des positions très dures vis-à-vis des réfugiés et des immigrés. Ces mêmes partis siègent ici, dans la salle du conseil municipal, et je n'ai jamais entendu aucun d'entre eux parler de réfugiés depuis huit, neuf ans que j'y siège", confirme le maire de la ville, le libéral Jakob Ville.
"Je pense que cela tient au fait que, lorsqu'il s'agit du Parlement, on s'adresse aux émotions".
- Pragmatisme -
Pour lui, les habitants de Kolding sont pragmatiques.
"Ce qui est important, c'est que, quand mon père et ma mère iront en maison de retraite, ils puissent recevoir les services dont ils ont besoin. Et peu m'importe à mon père et à ma mère que ce soit quelqu'un qui parle danois", souligne l'élu local.
A l'échelle nationale, les partis ne cessent pourtant la surenchère : les sociaux-démocrates veulent faciliter retours et expulsions tandis que le parti du Peuple danois (extrême droite) pousse pour la "remigration".
Les sociaux-démocrates de la Première ministre Mette Frederiksen, au pouvoir depuis 2019, sont en tête des sondages avec 21,5% des intentions de vote, en net recul par rapport à 2022.
Pour Margit Vestbjerg, qui préside la Maison des Bénévoles, certains groupes, principalement des Syriens, "se sentent plus en insécurité".
"C'est lié au fait que l'on remet en question leur droit de rester ici (...). Il est constamment question de séjour temporaire. Et il y a aussi de plus en plus de responsables politiques qui parlent ouvertement de les renvoyer chez eux", explique-t-elle.
Social-démocrate depuis toujours, Michael Jensen, ouvrier chez Alfa-Laval en semi-retraite, juge que la politique d'intégration danoise est un échec.
"Elle ne s'est certainement pas améliorée. Elle a même clairement empiré" bougonne-t-il.
Pour le maire, la source des appréhensions de ses administrés est à chercher ailleurs, dans la situation géopolitique, entre la guerre en Ukraine et l'appétence de Donald Trump pour le Groenland, territoire autonome danois.
"Il y a une forme d’angoisse dans notre société en ce moment", dit-il.
"Lors de la campagne pour les élections municipales en novembre, beaucoup de personnes qui ont commencé à demander : +où se trouvent nos abris ? Où pourrions-nous aller ?+ Je n’avais jamais entendu cette question auparavant".
D.Schaer--VB