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Risque accru de désinformation sur Twitter avant les "midterms" américaines
Les experts en désinformation appelaient à la "prudence" sur Twitter ce week-end, alors que le nouveau patron de l'influent réseau social vient de licencier la moitié de son personnel à quelques jours d'élections cruciales aux Etats-Unis.
"Il va falloir être très prudent sur cette plateforme dans les jours qui viennent... Sur ce que vous retweetez, à quel compte vous vous abonnez et par rapport à votre propre perception de ce qui se passe", a par exemple averti Kate Starbird, une chercheuse en désinformation de l'université de Washington.
La professeure estime qu'il existe un risque accru que des personnes malveillantes se fassent passer pour d'autres, mènent des "campagnes coordonnées de désinformation" ou encore répandent des canulars suffisamment bien conçus pour être partagés par d'autres utilisateurs peu attentifs.
Dans une lettre aux annonceurs jeudi dernier, le jour de l'acquisition, Elon Musk a promis aux annonceurs que Twitter ne deviendrait pas une plateforme "infernale" où tout serait permis.
Mais "Twitter était déjà infernal avant que Musk ne prenne le contrôle, et ses actions (...) ne vont faire qu'empirer les choses", a réagi Jessica Gonzalez, la co-directrice de l'ONG Free Press.
Elle craint que les capacités de Twitter à modérer les contenus ne se trouvent diminuées en pleine période électorale, "quand on sait très bien que les réseaux sociaux sont noyés dans la désinformation et les intimidations contre les électeurs des minorités".
- "Machine à mensonges" -
Vendredi, une semaine après l'acquisition à 44 milliards de dollars, Twitter a licencié eniron 50% de ses près de 7.500 employés.
D'après des sources internes, les managers, le marketing et le design ont été parmi les catégories de personnel les plus affectées par les coupes.
Yoel Roth, le responsable de la sûreté sur le site, s'est voulu rassurant en tweetant que "l'essentiel des capacités de modération sont restées en place".
Les équipes de modération des contenus n'ont subi que 15% de départs, a-t-il précisé, et "le personnel en première ligne est le moins concerné". Il a aussi assuré que le volume quotidien d'actions de modération était resté "stable" cette semaine.
"Nos efforts en faveur de l'intégrité des élections -- y compris la lutte contre la désinformation visant à décourager le vote et contre les opérations d'influence étrangères -- restent une priorité absolue", a-t-il déclaré.
Elon Musk prône une vision absolue de la liberté d'expression. Il a beau répéter que la modération des contenus n'avait pas changé chez Twitter et promettre de former un conseil dédié à cette tâche, il peine à convaincre ses détracteurs.
Surtout quand il relaie de la désinformation, comme quand il a retweeté dimanche une théorie du complot sur l'agression du mari de Nancy Pelosi, la cheffe des démocrates au Congrès. Il a lui-même supprimé son message par la suite.
"Elon Musk a acheté une machine qui répand des mensonges dans le monde entier", a lancé vendredi Joe Biden lors d'un rendez-vous de campagne.
Le président américain a mis en garde cette semaine les candidats prêts à refuser les résultats des élections de mi-mandat, au Sénat et au Congrès.
Son prédecesseur, Donald Trump, n'a toujours pas reconnu sa défaite de 2020 et maintient que le scrutin lui a été "volé". C'est l'un des arguments qui avait galvanisé ses fans, au point d'envahir le Capitole en janvier 2021.
- "N'importe quoi" -
Une étude de la Montclair State University a conclu que le rachat de Twitter par Elon Musk avait "créé la perception pour les usagers extrémistes que les restrictions seraient assouplies".
Une coalition d'une soixantaine d'associations, dont Free Press, ont appelé vendredi les annonceurs à boycotter la plateforme tant qu'elle ne se sera pas engagée à être "un lieu sûr".
Des membres de cette coalition ont rencontré l'entrepreneur libertarien cette semaine, après que plusieurs études ont relevé une hausse conséquente des discours de haine et injures racistes ces derniers jours.
"Elon Musk a pris des mesures qui nous font craindre que le pire ne soit à venir", a indiqué la coalition.
Le multimilliardaire a répondu, sans données à l'appui, que "les discours de haine ont en réalité diminué cette semaine".
Vendredi, il a brièvement expliqué que les licenciements étaient nécessaires car "l'entreprise perd plus de 4 millions de dollars par jour".
Il avait auparavant imputé la chute des revenus à "un groupe de militants ayant fait pression sur les annonceurs alors même que rien n'a changé avec la modération des contenus et que nous avons tout fait pour apaiser les militants".
"C'est vraiment n'importe quoi! Ils essaient de détruire la liberté d'expression en Amérique", s'est-il emporté.
F.Müller--BTB