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L'Arabie saoudite lance sa nouvelle compagnie nationale Riyadh Air sur fond de guerre au Moyen-Orient
L'Arabie saoudite a lancé mercredi Riyadh Air, sa nouvelle compagnie nationale destinée à concurrencer les géants du Golfe, après plus d'un an de retards liés aux difficultés de Boeing et sur fond de conflit au Moyen-Orient.
Assis dans la cabine d'un des premiers Boeing 787 Dreamliner livrés le 5 juin à Ryad, le directeur général de Riyadh Air, le Britannique Tony Douglas, dit savourer "l'aboutissement de plus de quatre années de préparation".
Le premier vol, reliant Ryad à Londres-Heathrow, a décollé de l'aéroport international King Khalid à 02H35 mercredi (23H35 GMT mardi).
La compagnie, détenue par le PIF, richissime fonds souverain du royaume et dont le lancement avait été annoncé en mars 2023, constitue l'un des projets phares de Vision 2030, l'ambitieux programme de réformes du prince héritier Mohammed ben Salmane, visant à diversifier l'économie saoudienne.
La monarchie pétrolière espère faire de la capitale saoudienne un nouveau hub mondial du transport aérien, capable de rivaliser avec Dubaï, Doha ou Abou Dhabi et les géants régionaux Emirates, Qatar Airways et Etihad, dont M. Douglas a été le patron de 2018 à 2022.
A bord, de larges écrans tactiles dernière génération ornent des sièges aux lignes épurées, déclinés dans une palette de couleurs inspirée du patrimoine saoudien, mêlant notamment lavande, dont une variété pousse naturellement dans le royaume et un brun doré baptisé "or moka".
"Nous voulons ramener le glamour, le raffinement et l'élégance dans le voyage aérien", dit M. Douglas à l'AFP.
"Notre ambition est de relier plus de 100 villes internationales au cours des cinq prochaines années", avec l'objectif de desservir 22 destinations dès mars 2027, ajoute-t-il.
Pour soutenir cette ambition, la compagnie a commandé 132 Boeing 787 Dreamliner, et conclu en juin dernier un accord portant sur 25 Airbus A350-1000, avec une option sur 50 appareils supplémentaires.
- "Succès et revers" -
En parallèle, le royaume construit un nouvel aéroport à Ryad, destiné à accueillir jusqu'à 120 millions de passagers par an à l'horizon 2030, contre 53 millions actuellement.
La compagnie nationale historique, Saudia, est basée à Jeddah, sur la mer Rouge, principal point d'entrée des millions de pèlerins se rendant chaque année à La Mecque.
Le lancement de Riyadh Air, initialement prévu en 2025, intervient après d'importants retards de livraison chez Boeing, liés notamment aux procédures de certification et aux difficultés de chaîne d'approvisionnement qui ont affecté l'ensemble du secteur aéronautique.
Pour Tony Douglas, ces contretemps font partie du parcours.
"On fournit tous les efforts pendant quatre ans, on traverse des épreuves, on connaît des succès et des revers, on progresse, on subit parfois des contretemps, mais au final on y arrive", assure-t-il.
Le contexte régional demeure également une source d'incertitude.
La guerre qui secoue le Moyen-Orient a perturbé le trafic aérien dans plusieurs pays de la région.
L'Iran a multiplié les attaques contre des aéroports du Golfe, visant notamment Dubaï, Abou Dhabi, Koweït et Manama.
Dans les premiers jours de la guerre, début mars, une source du Golfe a indiqué à l'AFP qu'une attaque avait été interceptée à proximité de l'aéroport de Ryad, sans incidence sur le trafic aérien.
"Grâce à sa position géographique, Ryad a été moins affectée que d'autres" villes du Golfe, souligne M. Douglas.
- Marché saturé? -
Lors de la cérémonie célébrant l'arrivée des premiers appareils, le gouverneur du PIF et président de Riyadh Air, Yasir Al-Rumayyan, a qualifié l'événement de "moment historique pour la nation", assurant que la compagnie allait créer "200.000 emplois directs et indirects".
Le lancement intervient alors que certains projets emblématiques de Vision 2030, notamment Neom, une ville futuriste dans le désert, ont été revus à la baisse dans un contexte de contraintes budgétaires accrues.
L'Arabie saoudite, qui a décroché l'organisation de l'Exposition universelle en 2030 et la Coupe du monde 2034, ambitionne de tripler son trafic aérien, à 330 millions de passagers, d'ici la fin de la décennie.
Certains analystes mettent en doute les ambitions de Riyadh Air, estimant que le marché régional est "saturé".
Les compagnies saoudiennes disposent néanmoins d'un atout de taille face à leurs concurrentes du Golfe: un marché intérieur d'environ 35 millions d'habitants, le plus important de la région.
sar/saa/hme/lth
T.Suter--VB