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À Paris, des musiciens cherchent la formule d'un concert accessible aux malentendants
Échapper à la "bouillie sonore" et retrouver le plaisir d'écouter de la musique. À Paris, un petit orchestre, des chercheurs et des personnes malentendantes se retrouvent régulièrement, avec un objectif: organiser un concert dont tous parviennent à profiter.
Ce matin de juin, deux groupes se font face dans une salle de répétition de la Philharmonie, à Paris. Devant leurs pupitres, sont installés les musiciens de l'Orchestre de Chambre de Paris. Face à eux, une petite dizaine de spectateurs, tous malentendants.
Trois fois, les premiers vont jouer le même mouvement, lent, de la cinquième symphonie de Ludwig van Beethoven. À chaque fois, ils changent de position pour tenter d'améliorer l'écoute de leur public.
"Alors?", demande la compositrice Aline Gorisse, qui dirige l'expérience, à l'issue de la deuxième interprétation: tous les musiciens à cordes, normalement sur le devant de la scène, sont passés derrière leurs collègues à vents.
"Alors, c'est franchement beaucoup mieux", répond un participant. "J'ai été surpris de la merveilleuse entente que j'avais par rapport à la première écoute", relance un autre. C'est "beaucoup plus lisible, beaucoup plus harmonieux", renchérit une troisième.
C'est la troisième fois que tous se retrouvent dans le cadre d'un projet mené par l'Orchestre de Chambre - une formation plus réduite qu'un orchestre symphonique classique - et des chercheurs de l'institut reConnect, consacré aux troubles de l'audition et de la parole.
Les chercheurs de cet institut hospitalo-universitaire, qui réunit plusieurs grands organismes de recherche dont l'Inserm et l'Institut Pasteur, encadrent scientifiquement cette expérimentation, baptisée "Ludwig's Resonance" en hommage à Beethoven, le plus célèbre compositeur ayant été frappé par la surdité.
L'objectif est d'organiser le 21 juin 2027, pour la Fête de la Musique, un concert dont puissent profiter les personnes à l'audition défaillante.
- Les violons "font mal" -
L'expérience ne s'adresse pas aux personnes frappées par une surdité intégrale. Il s'agit d'optimiser l'audition de patients dotés d'appareils, qui amplifient les sons, ou d'implants, des dispositifs plus sophistiqués pouvant notamment stimuler directement le nerf auditif à l'aide de signaux électriques.
"Les appareils sont faits pour de la parole dans un lieu calme", explique à l'AFP le chercheur Paul Avan, qui mène le volet scientifique du projet.
Mais face à la musique, en particulier en concerts, les patients sont souvent condamnés à "une bouillie sonore", note-t-il. "Par exemple, on est en train d'écouter une symphonie et on a l'impression que c'est le début, où les musiciens s'accordent."
Pour répondre à ces difficultés, Mme Gorisse suit deux chemins: réarranger des morceaux qui existent déjà, tels ceux de Beethoven, et composer une œuvre originale qui visera directement à être accessible aux malentendants.
Mais les défis sont nombreux. L'échantillon des participants reste très réduit pour permettre des conclusions solides sur le plan scientifique, d'autant que les ressentis divergent déjà beaucoup d'un participant à l'autre.
Ainsi, à l'issue de la troisième interprétation du mouvement de Beethoven. Cette fois, Mme Gorisse a tenté de mettre tous les instruments graves, cordes comme vents, devant: contrebasse, basson, violoncelle...
C'est "plus harmonieux", salue une participante. Mais pour une autre", "ça se mélangeait complètement, c'était vraiment la configuration précédente qui était la mieux pour moi."
Dans sa propre composition, Mme Gorisse promet de tenir compte de toutes ces impressions en prévoyant "différents moments" pour que "chacun ait son temps d'appréciation", même si elle souligne que certains ressentis sont quasi-unanimes.
"Les basses fréquences, ça fait du bien à tout le monde. Les violons un peu aigus, ça fait un peu mal à tout le monde", explique-t-elle à l'AFP.
Parmi les participants, souvent mélomanes de longue date, certains restent prudents, sans oser rêver à une expérience musicale pleinement enrichissante.
"Un concert adapté, je ne sais pas, je m'interroge...", admet auprès de l'AFP Franca Londero, une sexagénaire dont l'audition défaille depuis ses vingt ans et qui ressent particulièrement l'impression de "bouillie" depuis l'installation récente d'un implant.
Mais "je fais ça pour l'expérience", conclut-elle. "Je trouve que c'est intéressant, en tout cas. Ça m'apprend à moi (des choses) sur la manière dont j'entends la musique."
L.Maurer--VB