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La dette a continué de gonfler à fin juin dans une France en quête de budget
La dette publique de la France a encore gonflé au deuxième trimestre, atteignant 115,6% du PIB et un record en valeur absolue à plus de 3.400 milliards d'euros, alors que le Premier ministre tente toujours de trouver la martingale pour boucler un budget 2026 dans un climat social tendu.
A fin juin, la dette atteignait 115,6% du produit intérieur brut (PIB) et 3.416,3 milliards d'euros en valeur absolue, un record dû à une hausse de 70,9 milliards par rapport au premier trimestre, a indiqué l'Institut national de la statistique.
L'endettement s'établissait à 113,9% du PIB à fin mars et 112,1% au deuxième trimestre 2024. Au début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, il était de 101,2% ou 2.281,3 milliards d'euros.
Alimentée par l'accumulation ininterrompue des déficits depuis 1975, la dette n'en finit plus de monter depuis la fin des années 1990, mais elle "augmente plus vite que celle de ses voisins européens", surtout depuis 2019, constate Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE, auprès de l'AFP.
Outre les très coûteuses mesures de soutien face aux crises sanitaire et inflationniste, il y voit le résultat d'une baisse de prélèvements obligatoires non financée, et d'une croissance plus molle qu'espéré par le gouvernement, et donc moins génératrice de recettes.
Différence entre des dépenses chroniquement plus élevées que les recettes, "le déficit n'est pas seulement un déficit de crise, il est aussi structurel", note l'économiste, qui situe "le tournant" au moment de la crise des gilets jaunes.
- Dette instable -
Toujours sans gouvernement et en quête d'un compromis pour éviter une censure, le Premier ministre a jusqu'à la mi-octobre pour transmettre un projet de budget à l'Assemblée nationale qui puisse être adopté avant la fin de l'année.
En 2026, le niveau du déficit public dépendra du montant de l'effort budgétaire qui sera consenti. Le curseur sera-t-il autour de 35 milliards d'euros, comme l'accepterait la droite? Ou vers 22 milliards comme le souhaitent les socialistes, moitié moins que les 44 milliards ambitionnés par l'ex-Premier ministre François Bayrou afin de ramener le déficit à 4,6% du PIB?
Davantage que le niveau de la dette, c'est toutefois son évolution qui inquiète. "Aujourd'hui, on n'est pas capable de stabiliser la dette", souligne l'expert en finances publiques François Ecalle, président du site spécialisé Fipeco, interrogé par l'AFP.
La France est troisième sur le podium des pays de la zone euro les plus endettés, derrière la Grèce et l'Italie, et première concernant l'ampleur de son déficit, espéré à 5,4% du PIB cette année, loin du seuil maximal européen de 3% qui permettrait de stabiliser la dette.
L'agence de notation Fitch, qui a dégradé en septembre la note souveraine de la France en citant son instabilité politique et sa fragilité budgétaire, voit même l'endettement grimper jusqu'à 121% du PIB en 2027.
- "Flottement politique" -
Cette dette qui gonfle devient de plus en plus coûteuse avec la remontée des taux auxquels la France emprunte sur les marchés, une hausse accentuée depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024, compliquant l'équation budgétaire.
Au vu de l'effort requis pour parvenir à la stabiliser, François Ecalle juge nécessaire de réaliser essentiellement des économies sur les dépenses, mais aussi d'augmenter les prélèvements obligatoires.
Alors que la taxe Zucman visant le patrimoine des plus aisés occupe le terrain du débat politique, "il est nécessaire, au moins pour des raisons politiques et sociales, de prélever un peu plus sur les riches."
Surtout, pour éviter une perte de confiance des investisseurs et un emballement des taux souverains, il faut "de la crédibilité" et "une stratégie claire de redressement des finances publiques sur plusieurs années", sans nuire à l'économie, estime Mathieu Plane.
Or, actuellement "on ne voit pas émerger de réelle stratégie: il y a un flottement politique tel qu'arriver à faire passer un budget pour une année, c'est déjà extraordinaire".
D.Schaer--VB