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L'Arménie aux prises avec la désinformation russe avant les législatives
L'Arménie est confrontée à une vague croissante de désinformation à l'approche des élections législatives de juin, des experts pointant du doigt le rôle de la Russie, un allié avec lequel les relations se sont envenimées ces dernières années.
Cette ex-république soviétique, principal partenaire de Moscou dans le Caucase, tente de réorienter sa politique étrangère vers l'Occident tout en cherchant à rétablir ses relations avec l'Azerbaïdjan, le voisin ennemi contre lequel les Arméniens ont perdu deux guerres pour le contrôle du Karabakh.
L'influence de la Russie dans son pré-carré post-soviétique s'est affaiblie depuis son invasion de l'Ukraine le 24 février 2022, qui a provoqué le malaise chez de nombreux partenaires de longue date.
Si l'Arménie reste un allié de Moscou, elle a suspendu sa participation à un pacte de sécurité régional et reproche à la Russie de ne pas lui être venue en aide face à Bakou.
Même s'il est critiqué pour la perte de l'enclave du Karabakh, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, qui fait face à une opposition divisée et impopulaire, reste favori pour remporter les législatives de juin.
Ce sont ses velléités de se rapprocher de l'Occident qui ont suscité l'ire de Moscou.
Dans un rapport publié en janvier, les services de renseignement arméniens ont fait état d'"opérations d'information malveillantes à grande échelle menées par des acteurs extérieurs" en cours, dont notamment la diffusion de fausses informations visant à "influencer les votes".
Ces opérations sont menées "par des organismes étatiques ou gouvernementaux étrangers, y compris des services spéciaux", ont-ils indiqué, sans nommer les pays soupçonnés d'en être à l'origine.
- "Guerre de l'information" -
Les analystes, eux, n'ont guère de doutes sur les auteurs de cette campagne de désinformation.
"La Russie est mécontente de l'Arménie", résume auprès de l'AFP le politologue Benjamin Matevosyan, pour qui Moscou perçoit les tentatives de M. Pachinian d'amadouer les Occidentaux comme un "projet antirusse qui sera utilisé contre la Russie".
Gegham Vardanyan de l'ONG Media Initiatives Center, spécialisée dans les médias et financée par les Etats-Unis et l'UE, estime que "la guerre hybride de l'information s'est intensifiée" avec la dégradation des relations entre Moscou et Erevan.
Malgré tout, les liens culturels, linguistiques et économiques avec la Russie restent importants.
"Les chaînes de télévision publiques russes restent accessibles en Arménie", et "les médias locaux donnent la priorité au discours du Kremlin", rappelle M. Vardanyan.
Il assure observer également des activités menées par des "groupes de pirates informatiques liés à la Russie" et l'utilisation de faux sites d'information dits "sites clones", conçus pour ressembler à des médias occidentaux réputés.
Dans un cas cité, un site web en français affirme faussement que Paris expédie des déchets nucléaires vers l'Arménie. Un autre prétend que Nikol Pachinian a acheté un luxueux manoir en France.
Selon M. Vardanyan, le but recherché est toujours le même: démontrer que "la coopération avec l'Occident est dangereuse pour l'Arménie".
- "Marécage" -
Cette vague de désinformation a suscité une vive réaction du gouvernement arménien.
"Les ennemis de la liberté ne dorment pas. Nous devons reconnaître qu'ils peuvent être très créatifs, qu'ils sont prêts à injecter des millions de dollars dans des machines de propagande et des stratagèmes illégaux d'ingérence", a fustigé le ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan.
Il reconnaît toutefois une "ligne délicate" entre la défense de la liberté d'expression et la lutte contre les "acteurs malveillants".
Moscou n'est d'ailleurs pas la seule source présumée de désinformation: selon Gegham Vardanyan, des attaques informationnelles proviennent également de l'Azerbaïdjan et de la Turquie, son proche allié.
De l'avis des observateurs, l'effort russe reste cependant le plus important.
L'Union européenne a alloué 15 millions d'euros à l'Arménie pour aider à lutter contre ce phénomène. Mais Samvel Martirosyan, expert spécialisé dans la sécurité de l'information, avertit que cette aide extérieure risque d'être perçue comme une tentative d'influencer le pays.
"L'Arménie se trouve dans un marécage de guerre hybride, et la situation est aggravée par des acteurs internes qui deviennent des maillons de cette chaîne", explique-t-il.
G.Schmid--VB