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Des Golden Globes aux Grammys, sobriété sur les tapis rouges, dans un monde sous tension
Beaucoup de noir et blanc, des bijoux discrets, des tenues inspirées des années 1930: la sobriété est redevenue la norme sur les tapis rouges, comme aux Grammy Awards dimanche, en réponse notamment au climat politique incertain.
La chanteuse de K-pop Rosé s'est ainsi rendue aux Grammys dans une mini-robe noire à traîne blanche signée Giambattista Valli, sans collier ni boucles d'oreilles visibles sous son carré blond bouclé.
Même code couleur pour la révélation britannique Olivia Dean, en Chanel, vêtue d'une volumineuse jupe blanche surmontée d'un corsage noir à fines bretelles orné de paillettes et de plumes, ses longs cheveux bouclés laissés libres sur ses épaules.
Quant à Bad Bunny, l'homme de la soirée auréolé du prestigieux album de l'année, il est apparu en smoking Schiaparelli à la veste ajustée, une fleur blanche à la boutonnière.
Auparavant, l'actrice et chanteuse Selena Gomez s'était elle aussi illustrée en digne héritière de l'âge d'or d'Hollywood, aux Golden Globes en janvier, en robe fourreau Chanel noire à l'encolure de plumes blanches, ses cheveux courts et crantés.
La "sneaker culture" et l'"athleisure", qui ont fait des vêtements de sport des incontournables des dressings, passent de mode, analysait Elizabeth Way, conservatrice associée au Fashion Institute of Technology à New York, après les Golden Globes.
"Nous entrons dans une ère où l'on s'habille de manière beaucoup plus élégante", disait-elle à l'AFP, citant pour exemple la mise en valeur du tailoring (style basé sur le costume) lors de l'édition 2025 du Met Gala, dédiée au dandysme noir.
Même Louis Vuitton, dont la direction artistique homme est assurée depuis 2023 par la figure du hip-hop américain Pharrell Williams, faisait la part belle au costume‑cravate lors de la semaine de la mode masculine de Paris fin janvier.
- "Recession core" -
Adrien Communier, chef de rubrique mode chez GQ, y voyait alors le désir des créateurs et du public de "vêtements pour maintenant, qui vont être capables de durer et d'affronter le quotidien".
"C'est impossible de ne pas y voir une référence au contexte international. Je pense qu'il y a quelque chose de très +responsif+ et pragmatique par rapport à ça", estimait-il.
L'inquiétude économique et environnementale ont conduit ces trois dernières années au retour d'un style baptisé "recession core".
"Tout est beige. Les tendances vestimentaires reviennent au minimalisme. Les routines beauté visent à obtenir un look aussi naturel que possible. Bienvenue dans la récession", décrivait en janvier 2023 le magazine canadien Fashion, rappelant que la mode avait pris le même virage avec la crise financière de 2008.
L'idée de "recession core" renvoie également à la Grande Dépression des années 1930, une période d'"élégance discrète" au cours de laquelle "les gens, même s'ils étaient financièrement aisés, ne voulaient pas l'afficher", retrace Elizabeth Way.
Et, "comme dans les années 1930, le climat politique (actuel) est très instable", note-t-elle. "Nous sommes dans une période grave sur le plan social et culturel, et cela se reflète dans l'habillement."
Finis, donc, les looks osés sur les tapis rouges ?
Pas entièrement, à en juger par la robe Mugler vintage, en voile terracotta, retenue par des anneaux au niveau des tétons de la chanteuse Chappell Roan lors des Grammys ou par le noeud en diamants ornant la chute de reins de l'actrice Teyana Taylor, en Schiaparelli, lors des Golden Globes.
En 2026, la mode s'intéresse aux formes de ceux qui la portent. En témoigne le thème du Met Gala, le 4 mai, qui promet de "mettre en lumière la relation indissociable entre les vêtements et le corps".
C.Bruderer--VB