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Les boycotts jettent une ombre sur l'Eurovision 2026
Les boycotts déjà annoncés par quatre pays en vue de la prochaine édition de l'Eurovision, qui font suite au feu vert donné jeudi à la participation d'Israël, entachent l'image d'un concours désormais vu comme "fracturé" par certains diffuseurs.
Jeudi soir, la majorité des membres de l'Union européenne de Radio-Télévision (UER) ont estimé qu'il n'était pas nécessaire de voter sur la participation d'Israël, déclenchant instantanément les annonces de boycott des diffuseurs de l'Espagne, des Pays-Bas, de l'Irlande et de la Slovénie, sur fond de critiques de la guerre dans la bande de Gaza et d'accusations d'irrégularités pendant les précédentes éditions.
Micheál Martin, le Premier ministre irlandais, a soutenu vendredi le boycott du diffuseur national RTE, affirmant qu'il s'agit d'"un acte de solidarité envers les journalistes tués en violation du droit international humanitaire pendant ce conflit".
"Sans ces journalistes, le monde n'aurait pas eu connaissance, à ce point, des horreurs qui se sont déroulées à Gaza. Je comprends donc pleinement cette décision", a-t-il déclaré vendredi à l'occasion d'un sommet irlando-britannique au Pays de Galles.
Et d'autres boycotts pourraient être bientôt annoncés, comme celui de l'islandais RUV. Classé parmi les opposants à la participation d'Israël, il prévoit de rendre publique une décision mercredi.
De son côté, la télévision belge, qui avait pourtant laissé planer un éventuel boycott, a confirmé vendredi sa participation en mai prochain à Vienne, vantant "la diversité, l’inclusion et la liberté artistique" du concours.
La France, par la voix du chef de sa diplomatie Jean-Noël Barrot, s'est félicitée "que l'Eurovision n'ait pas cédé aux pressions", ajoutant dans un message sur X que Paris avait "contribué à empêcher un boycott d'Israël". L'UER est actuellement dirigée par la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci.
- "35 participants" -
Le directeur de l'évènement Martin Green prédit qu'"environ 35 diffuseurs participeront" à l'édition 2026, puisqu'"environ cinq pays" sont farouchement opposés à ce qu'Israël y soit représenté.
"J'espère vraiment que ces quelques diffuseurs qui estiment ne pas pouvoir être présents l'année prochaine reviendront en 2027", a-t-il ajouté dans une interview jeudi soir à la télévision Eurovision News Exchange.
Quelque 37 pays ont pris part à l'édition 2025, contre un nombre record de 43 en 2008, 2011 et 2018. Depuis l''élargissement de la participation en 2004 avec l'introduction d'une demi-finale, le nombre des nations en lice n'est jamais descendu en dessous de 36.
A l'assemblée générale de Genève, les diffuseurs ont approuvé des modifications du règlement de ce célèbre télé-crochet pour "renforcer la confiance, la transparence et la neutralité de l'événement", a expliqué l'organisation.
Ces mesures, notamment la limitation à 10 du nombre maximal des voix par mode de paiement contre 20 auparavant (les téléspectateurs pouvant voter moyennant le versement d'une certaine somme), sont vouées à éteindre une série de controverses autour du soutien public massif aux candidats israéliens pendant les précédentes éditions.
- "La honte pour eux" -
Au cours de leur réunion, les membres de l'UER ont eu un débat "franc, honnête, et même animé", a raconté M. Green. Et "ce sur quoi ils sont vraiment tombés d'accord est la conviction que le concours Eurovision de la chanson ne doit pas être instrumentalisé en tant que théâtre politique".
Les diffuseurs ont peu de jours pour se décider sur leur participation au concours, la liste finale des participants devant être annoncée "avant Noël", selon l'UER.
En Israël, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a déclaré vendredi sur X avoir "honte des pays qui ont choisi de boycotter un concours musical comme l'Eurovision en raison de la participation d'Israël. C'est la honte pour eux".
Le directeur général du groupe audiovisuel public autrichien ORF, Roland Weissmann, l'hôte du prochain concours, a salué la présence d'Israël et le diffuseur britannique BBC a dit vendredi "soutenir la décision collective prise par les membres de l'UER", qui selon lui "favorise l'inclusion".
"L'Eurovision est une célébration apolitique de la musique et de la culture, qui rassemble les pays (...), nous soutenons la participation du plus grand nombre de parties possible", a renchéri un porte-parole de Downing Street.
L'Eurovision est régulièrement le théâtre d'oppositions géopolitiques. La Russie avait été exclue à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Le Bélarus l'avait été un an plus tôt après la réélection contestée du président Alexandre Loukachenko.
burx-ag/apo/bds
J.Marty--VB