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Au Kenya, commémorations sous haute tension des manifestants tués en 2024
Des marches en mémoire des plus de 60 personnes tuées lors des manifestations historiques de 2024 au Kenya doivent se tenir mercredi dans le pays d'Afrique de l'Est, sous haute tension un an après l'assaut du parlement.
La prise de l'hémicycle du 25 juin 2024 par des milliers de jeunes réclamant la démission du président William Ruto avait marqué l'apogée de mois de protestations, durement réprimées par les forces de l'ordre, contre une augmentation des impôts et la corruption omniprésente dans le pays.
Selon les groupes de défense des droits humains, plus de 60 personnes avaient été tuées lors de ce mouvement inédit. Plus de 80 personnes avaient aussi été enlevées - certaines des mois après les manifestations - et des dizaines d'entre elles sont toujours portées disparues.
Le gouvernement de William Ruto s'est efforcé d'éviter toute hausse directe d'impôts dans le budget de cette année afin de limiter les troubles.
Mais la récente mort en cellule d'Albert Ojwang, un enseignant de 31 ans, que les forces de l'ordre avaient initialement tenté de camoufler en suicide, a amplifié la colère d'une partie la société.
- Colère -
Le décès a également suscité ces dernières semaines des manifestations de quelques centaines de personnes contre les violences policières, qui ont engendré de nouvelles brutalités.
Le 17 juin à Nairobi, un rassemblement a été marqué par des affrontements entre des manifestants, les forces de l'ordre et des "voyous" armés qui s'en sont pris aux protestataires. Un policier a tiré à bout portant sur un vendeur non violent, une scène filmée devenue virale, qui a accentué la colère dans le pays.
"Il est extrêmement important que les jeunes célèbrent le 25 juin parce qu'ils ont perdu des gens qui leur ressemblent, qui parlent comme eux (...) qui se battent pour la bonne gouvernance", a souligné à l'AFP Angel Mbuthia, présidente d'un mouvement de jeunes du parti d'opposition Jubilee Party.
"Il n'y a rien de bon à célébrer dans les événements de l'année dernière", a à l'inverse estimé l'analyste et avocat Javas Bigambo, qui craint une exploitation de la colère populaire par des partis politiques et militants peu sincères afin que les manifestants s'en prennent à nouveau aux bâtiments gouvernementaux, avec un nouveau bain de sang à la clé.
"Si nous voulons vraiment commémorer le 25 juin, nous devons le faire dans la solennité, la prière et la retenue", a-t-il encore commenté, interrogé par l'AFP.
- "Menace contre notre nation" -
Huit diplomates occidentaux ont appelé mardi à la retenue lors des commémorations, se disant "préoccupés par le recours à des +voyous+ pour infiltrer ou perturber des rassemblements pacifiques".
En juillet 2024, au plus fort des manifestations anti-gouvernementales, les militants avaient accusé les autorités d'avoir recours à ces éléments violents pour discréditer leur mouvement.
"Nous appelons chacun à faciliter les manifestations pacifiques et à s'abstenir de toute violence", ont-ils déclaré, alors que médias et réseaux sociaux font état de plans décidés au plus haut niveau de l'Etat pour réprimer fortement les protestataires mercredi.
Cet appel, signé notamment par les ambassadeurs américain et britannique, est survenu peu après que William Ruto a promis aux policiers que son gouvernement les "soutiendrait".
"Personne n'est au-dessus de la loi", a-t-il lancé, avertissant que le recours à la force, aux insultes ou aux menaces contre des policiers constituent une "menace contre notre nation".
Sur les réseaux sociaux, le hashtag #OccupyStateHouse (Occupons le palais présidentiel, NDLR), était très largement utilisé.
B.Wyler--VB