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Athlétisme/violences: le père de Jakob Ingebrigtsen fixé sur son sort lundi
La justice norvégienne se prononce lundi dans l'affaire Ingebrigtsen dans laquelle l'ex-entraîneur Gjert doit répondre d'accusations de violences parentales sur son fils Jakob, champion olympique d'athlétisme, et sa fille Ingrid.
Le parquet a requis deux ans et demi de prison contre Ingebrigtsen senior tandis que la défense a plaidé la relaxe à l'issue d'un procès-fleuve qui s'est tenu devant le tribunal de Sandnes (sud-ouest) du 24 mars au 15 mai.
Les juges devront trancher si Jakob et Ingrid Ingebrigtsen, parties civiles dans l'affaire, ont grandi sous un régime de violences systémiques ou si la stricte discipline imposée par leur père répondait aux exigences nécessaires pour atteindre un haut niveau sportif.
"Mon enfance a été largement marquée par la peur", a témoigné Jakob, champion olympique du 5.000 mètres l'an dernier à Paris et du 1.500 mètres à Tokyo en 2021, en chargeant son père, qu'il dit avoir arrêté d'appeler "papa" à l'âge de 11-12 ans et qu'il désigne désormais comme "l'accusé".
"Je sentais que je n'avais pas de libre choix et que je n'avais pas mon mot à dire. J'étais dans un environnement où tout était contrôlé et décidé à ma place. Enormément de manipulation", a affirmé l'athlète de 24 ans.
Se disant incapable de citer un seul bon souvenir de son enfance, il est revenu sur plusieurs épisodes de violences physiques -- gifles, coup de pied dans le ventre --, dont certains quand il avait sept ans.
Agé de 59 ans, Gjert Ingebrigtsen a rejeté les accusations de violences physiques et psychologiques dont il se serait rendu coupable sur une période de 14 ans, de 2008 à 2022, et a dénoncé lors du procès "une entreprise de démolition".
A la barre, il s'est dépeint comme un père "excessivement protecteur" qui a donné une éducation "traditionnelle et patriarcale" à ses sept enfants, soucieux de contribuer à leur succès et ne recevant que de l'ingratitude en retour.
- Confusion des rôles -
Jakob Ingebrigtsen et deux de ses frères également athlètes, Henrik et Filip, avaient jeté un pavé dans la mare en octobre 2023, en mettant publiquement en cause leur père dans une tribune de presse.
La police avait ouvert une enquête élargie à toute la fratrie, mais seuls les faits concernant Jakob et Ingrid ont été retenus, les autres ayant été classés faute de preuves ou pour cause de prescription.
Jakob, également double champion du monde en salle sur 1.500 m et 3.000 m cet hiver, Henrik et Filip ont rompu en 2022 avec leur père-entraîneur.
Ingrid Ingebrigtsen, 18 ans, a elle aussi témoigné de violences verbales et physiques, notamment comment son père l'avait frappée au visage avec une serviette de toilette mouillée en janvier 2022. Lui dit avoir visé le doigt qu'elle tendait lors d'une dispute.
En conflit récurrent avec celui-ci, l'adolescente a renoncé à l'athlétisme et quitté la maison familiale à l'âge de 15 ans.
Le procès a fait les gros titres en Norvège et au-delà, mettant en lumière les défis liés à la confusion des rôles entre entraîneur et parent dans les familles d'athlètes.
Gjert Ingebrigtsen était jugé pour "violences intrafamiliales", un chef passible de six ans de prison en Norvège.
"Pour mes frères, ma sœur et moi, les audiences au tribunal de Sandnes ont eu des conséquences profondes et déchirantes, quel que soit le verdict", a déclaré Jakob Ingebrigtsen au dernier jour du procès.
"Nous le savions depuis le début, mais c'était malgré tout important de raconter notre histoire".
J.Sauter--VB