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Brésil: le juge chargé du procès Bolsonaro tient tête à Washington
Le juge de la Cour suprême du Brésil chargé du procès de l'ex-président Jair Bolsonaro a affirmé vendredi qu'il allait "ignorer" les sanctions qui lui ont été imposées par l'administration Trump, prévenant que la justice brésilienne ne se plierait pas aux "menaces".
Voix forte et colère froide, Alexandre de Moraes, magistrat aussi puissant que critiqué, a tenu ces propos lors d'une séance solennelle très attendue du tribunal à Brasilia.
Mercredi, le gouvernement américain a annoncé des sanctions contre lui, mais aussi une surtaxe punitive sur des produits brésiliens exportés vers les Etats-Unis. Motif: une supposée "chasse aux sorcières" contre l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), actuellement jugé pour présumée tentative de coup d'Etat.
Dans son discours, le juge devenu la bête noire du camp Bolsonaro a affirmé qu'il allait "ignorer les sanctions qui ont été imposées et continuer à travailler".
Selon lui, "la Cour suprême sera absolument inflexible dans la défense de la souveraineté nationale et son engagement en faveur de la démocratie".
Mercredi, le département du Trésor américain lui a infligé des sanctions économiques dans le cadre de la loi Magnitsky, utilisée habituellement contre des personnalités étrangères dans des cas d'atteintes aux droits humains ou de corruption.
Le gouvernement de Donald Trump l'accuse d'avoir profité de sa position pour "cibler des opposants politiques, notamment l'ex-président Jair Bolsonaro, des journalistes, des réseaux sociaux américains et d'autres entreprises américaines et internationales".
Le magistrat, et la Cour suprême en général, ont adopté une posture très ferme en matière de lutte contre la désinformation sur les plateformes.
- "Ouverts au dialogue" -
Depuis le début de la crise ouverte par les premières annonces américaines début juillet, Donald Trump et le président brésilien de gauche Luiz Inacio Lula da Silva ne se sont pas parlé.
"Il peut me parler quand il veut", a déclaré vendredi le locataire de la Maison Blanche en réponse à une journaliste.
"J'aime le peuple brésilien", a-t-il poursuivi, tout en dénonçant les actions de "ceux qui dirigent le Brésil".
Peu après, Lula a semblé lui répondre en écrivant sur le réseau social X: "Nous avons toujours été ouverts au dialogue". "Ce sont les Brésiliens et leurs institutions qui définissent les orientations du Brésil", a-t-il insisté.
Face aux pressions américaines, le gouvernement brésilien a défendu ces dernières semaines la "souveraineté" du pays. Voyant une "injustice" dans les droits de douane de 50% infligés à ses exportations à partir du 6 août, malgré de nombreuses exemptions, il mise sur la négociation pour obtenir gain de cause.
La question reste de savoir si un contact entre les deux dirigeants va finir par se nouer.
Vendredi, des manifestations contre cette surtaxe ont rassemblé quelques centaines de personnes devant l'ambassade des Etats-Unis à Brasilia et le consulat à Sao Paulo, ainsi qu'à Rio de Janeiro.
Dans la mégalopole Sao Paulo, des manifestants ont brûlé un portrait de Donald Trump affublé de cornes de diable. Sur une grande banderole vert et jaune, couleurs du Brésil, on pouvait lire: "La souveraineté n'est pas négociable."
- "Attaque putschiste" -
Les sanctions imposées par Washington entraînent notamment le gel des éventuels avoirs détenus aux Etats-Unis par le juge Moraes, déjà privé récemment de visa dans ce pays. Il "n'a pas de biens aux Etats-Unis", a dit à l'AFP une source de la haute juridiction.
Plus encore qu'au gouvernement Trump, le magistrat s'en est pris vendredi à ceux qui, au Brésil, ont "agi avec lâcheté et traîtrise dans le but de soumettre la Cour suprême à un Etat étranger".
Sans le nommer, il a ainsi visé au premier chef Eduardo Bolsonaro, fils de l'ex-président, qui a mis entre parenthèses son mandat de député pour exercer à Washington un efficace lobbying auprès de l'administration américaine contre les autorités brésiliennes, et notamment la magistrature.
Alexandre de Moraes a aussi soutenu que ceux qui, dans le camp Bolsonaro, cherchent à "stimuler une crise économique" veulent "provoquer une instabilité sociale permettant une nouvelle attaque putschiste".
Dans son procès à la Cour suprême, Jair Bolsonaro est accusé d'avoir conspiré avec de proches collaborateurs pour se maintenir au pouvoir malgré sa défaite au scrutin de 2022 face à Lula. Il risque plus de 40 ans de prison.
T.Suter--VB