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Gims, roi des streams aux affaires suspectes, inculpé pour blanchiment d'argent
Artiste le plus écouté en France en 2025 avec des tubes qui louent son train de vie luxueux, le chanteur et rappeur congolais Gims est désormais rattrapé par la justice qui l'a inculpé vendredi pour blanchiment d'argent, dans une affaire qui écorne son image.
"Ma vie, tu vas comprendre, tu vas t'y faire / J'suis toujours en train d'encaisser", balance Gims dans "Incognito", l'un de ses récents titres qui mélangent pop, afrobeat et hip-hop.
Ce sont justement ses placements qui interrogent les enquêteurs spécialisés: Gandhi Djuna, à l'état civil, a été inculpé vendredi par un juge d'instruction notamment pour blanchiment aggravé, après avoir été interpellé mercredi à sa descente d'avion à Paris.
La mégastar a été remise en liberté à l'issue de son inculpation et placée sous contrôle judiciaire, selon le parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), avec "l'obligation de verser un cautionnement" dont le montant n'a pas été précisé.
Dans le viseur de la justice se trouve notamment un vaste projet de villas de luxe qu'il promeut à Marrakech (Maroc), où il réside une partie de l'année.
L'artiste de 39 ans aux inséparables lunettes noires est rattrapé par une affaire qui tranche avec son succès étincelant, après une année 2025 jalonnée de succès et d'un prix d'artiste masculin de l'année aux Victoires de la musique.
Un enchaînement de tubes, comme "Ciel" et "Ninao", ont fait de lui le plus gros vendeur d'albums en France cette année-là.
Il remplit aussi plusieurs soirs Paris La Défense Arena et ses 40.000 places en décembre, montrant une capacité à réunir un public intergénérationnel avec des chansons courtes, dansantes, aux paroles simples appréciées des enfants.
- Sorti de la précarité -
Né en 1986 à Kinshasa, en République démocratique du Congo, Gims a la musique dans les veines: son père, Djuna Djanana, est un musicien renommé dans son pays, et son petit frère Dadju fait aussi carrière en France. Gims et Dadju ont d'ailleurs reçu 2022 le titre honorifique d'ambassadeur culturel de la République démocratique du Congo.
Arrivé en France à trois ans avec sa famille fuyant le régime de Mobutu, il connaît la pauvreté, les foyers d'accueil où il apprend le français, la séparation de ses parents et les expulsions régulières de squats quand il est écolier.
C'est en suivant ce chemin cabossé que Maître Gims - son premier alias - intègre le groupe de rappeurs parisiens Sexion d'Assaut, associé au label Wati B, qui le sort de l'anonymat et de la précarité.
La formation réalise plusieurs projets dont l'album remarqué "L'école des points vitaux" (2010), mais essuie en parallèle des critiques après des propos homophobes tenus dans la presse par Lefa, l'un de ses membres. Le retour de bâton est immédiat: leurs titres sont écartés de certaines radios et des concerts sont annulés.
En 2013, Gims s'envole en solo avec "Subliminal", porté par "J'me tire" et "Bella", des succès à travers lesquels le rappeur démontre sa facette de chanteur à la voix puissante de stentor, mixé à la sauce R'n'B.
Plus consensuel que ses pairs, l'artiste se garde de paroles violentes et envoie des punchlines sans insultes, à l'image de "Sapés comme jamais" où il rend hommage à l'art de bien s'habiller, version luxe.
Sa longévité tient aussi à ses multiples collaborations, du rappeur américain Lil Wayne en passant par Vianney et Sting, figure du groupe de rock anglais The Police. En 2019, il devient le premier rappeur francophone à remplir le Stade de France, avec 72.000 spectateurs.
Hors du champ musical, Gims a parfois tenu des propos étonnants. Dans une interview en 2023, le chanteur affirmait que les Égyptiens disposaient d'un système électrique dès l'Antiquité, grâce aux pyramides au sommet desquelles "il y a de l'or". "L'or, c'est le meilleur conducteur pour l'électricité... C'était des foutues antennes!", avait-il lancé.
La théorie, farfelue et fausse, a été maintes fois démontée.
L'année précédente il avait provoqué un tollé après avoir demandé, dans une vidéo à ses millions d'abonnés sur les réseaux sociaux, de ne pas lui souhaiter la bonne année au motif que ce n'était pas musulman. Il avait ensuite regretté ses propos.
Malgré une réussite musicale incontestable, Gims, par ailleurs père de six enfants, n'a jamais réussi à obtenir la nationalité française, demandée à deux reprises.
C.Bruderer--VB