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Sécheresse: en Charente, des pêcheurs sauvent des poissons d'un "désert"
"Ça va être un désert ici". Armés d'épuisettes, des pêcheurs sauvent des centaines de poissons d'une mort certaine en les déplaçant d'un cours d'eau asséché vers la Charente, plus remplie, à quelques kilomètres d'Angoulême.
"Il ne reste presque plus que des flaques d'eau", déplore Valentin Hortolan, directeur de la Fédération départementale de pêche, les pieds à peine immergés jeudi dans la Nouère. Cet affluent de la Charente, situé dans le département éponyme, est en rupture d'écoulement sur une quinzaine de kilomètres, plus de la moitié de sa longueur.
Une situation qui est loin d'être unique en France: la quasi-totalité (90) des départements français étaient soumis jeudi à des restrictions d'usages de l'eau contre 26 à la même date l'année dernière, selon le site officiel vigieau.gouv.fr.
"Sans intervention, tous les poissons ici sont condamnés, ça va être un désert", s'alarme ce pêcheur. Pour les sauver, cinq membres de la fédération accompagnés de six bénévoles, chaussés de bottes en caoutchouc et munis de seaux, avancent méticuleusement dans le lit presque à sec afin de repérer les poissons encore vivants.
À l'aide d'un appareil de pêche électrique, ils génèrent un faible courant dans l'eau, qui paralyse temporairement les poissons et les attire, afin de les pêcher plus facilement. Ils sont ensuite transvasés dans une eau oxygénée, avant d'être relâchés dans un milieu plus adapté à quelques kilomètres de là.
- Dixième opération de l'année -
Jeudi, environ 260 poissons, capturés sur 800 m, ont échappé à la mort, une "petite" opération pour ces passionnés qui ont commencé les pêches de sauvegarde en 2011. Dans leurs épuisettes, des brochets, des vairons ou encore des chevesnes mais pas de truites, même si "c'est une rivière à truites", regrette Valentin Hortolan. Un signe, selon lui, "d'un dysfonctionnement global du cours d'eau."
Assis sur un rocher dans ce cours d'eau qu'il connaît par cœur, Philippe Agard, un retraité passionné de pêche depuis ses trois ans, se désole.
"Quand il manque de l'eau, ce n'est pas que les poissons, c'est toute la vie de la rivière qui est impactée. C'est à pleurer de voir qu'un patrimoine commun est détruit dans la plus grande indifférence", déclare-t-il.
Cette opération de sauvegarde est leur dixième cette année. "Nous avons un mois d'avance par rapport à l'été 2022", particulièrement sec, observe Valentin Hortolan.
Pourtant le département de la Charente est à "un niveau de sécheresse normale pour un mois de juillet", constate Nicolas Ilbert, directeur territorial de l'agence de l'eau Adour-Garonne.
Mais le bassin charentais est "un territoire plus fragile que les autres et plus impacté par le changement climatique", précise-t-il.
- Des améliorations trop lentes -
La difficulté à conserver l'eau en surface s'explique notamment par la composition des sous-sols en calcaire fracturé ou encore par le réaménagement du bassin dans les années 1980, dont l'objectif était d'assécher rapidement les sols pour les cultiver.
Une situation renforcée par la canicule du mois de juin et le déficit de précipitations: à Angoulême, les pluies de juillet sont inférieures de 44 % à la moyenne observée entre 1991 et 2020.
Si ces pêches de sauvegarde, à l'initiative de la fédération de pêche, sont des solutions temporaires, elles sont loin "d'être une solution miracle ou viable à long terme", assure Valentin Hortolan. "En 2022 on a eu 1.260 kilomètres de cours d'eau à sec en Charente, et on n'a réussi à intervenir que sur une quinzaine", explique-t-il.
"En 10 ans, il y a eu des améliorations mais ça ne va pas assez vite par rapport à la vitesse du réchauffement climatique", observe Ludovic Supiot, le vice-président de la Fédération de pêche de Charente.
"On n'est pas encore au pied du mur", relativise ce professionnel de la pêche. "On sait comment on peut s'en sortir, maintenant il faut une volonté" politique et une "prise de conscience collective", ajoute-t-il.
La Fédération de pêche de Charente appelle à "accélérer considérablement le rythme sur les projets de restauration des milieux aquatiques" et "à réduire la pression de prélèvement pour l'irrigation sur ces petits milieux", complète son directeur.
A.Ruegg--VB