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Droits de douane: le Brésil à la fois soulagé et mobilisé contre une "injustice"
Soulagé que certains secteurs importants de son économie aient été épargnés par les surtaxes douanières de Donald Trump, le Brésil s'est montré néanmoins jeudi déterminé à se battre contre l'"injustice", en misant d'abord sur la négociation.
Le président américain a infligé mercredi un coup sévère à la plus grande économie d'Amérique latine en signant un décret imposant 50% de surtaxes douanières à une bonne part de ses exportations vers les Etats-Unis, à partir du 6 août.
Tout en dénonçant une atteinte à la "souveraineté", le gouvernement du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva veut en priorité obtenir gain de cause par le dialogue.
"La négociation n'est par terminée, elle commence aujourd'hui", a déclaré à TV Globo le vice-président Geraldo Alckmin, principal responsable des tractations avec Washington.
Près de 700 autres produits, comme les avions, le jus d'orange ou le pétrole, ont été épargnés, et ne seront soumis qu'aux droits de douane de 10% déjà annoncés en avril.
"Nous sommes sur un point de départ plus favorable que l'on pouvait l'imaginer, mais encore loin du point d'arrivée", a affirmé le ministre des Finances, Fernando Haddad, voyant "beaucoup d'injustice dans les mesures" de Washington.
Il a évoqué un entretien prévu avec son homologue américain, le secrétaire au Trésor Scott Bessent, sans indication de date.
- Motivation politique -
"Ce sont des mesures dures, qui auront un vrai impact sur des secteurs importants de l'économie brésilienne", dit à l'AFP Reginaldo Nogueira, économiste et directeur de l'école de commerce brésilienne Ibmec.
"Les exemptions aident à atténuer une partie de la pression sur le Brésil, mais elles préservent avant tout des biens stratégiques pour l'économie américaine", souligne-t-il.
Le gouvernement devrait dévoiler dans les prochains jours un plan de soutien pour les secteurs exportateurs qui seront les plus durement touchés.
Ce taux punitif n'a pas d'abord une justification économique, contrairement à d'autres pays ciblés, puisque les Etats-Unis n'accusent pas de déficit commercial avec le Brésil.
Il revêt avant tout une motivation politique: le locataire de la Maison Blanche dénonce une supposée "chasse aux sorcières" contre l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro (2019-2022), allié d'extrême droite jugé pour tentative de coup d'Etat.
- "Ingérence inacceptable" -
Des arguments rejetés en bloc par un Lula qui soigne sa popularité auparavant en berne en se posant en garant de la "souveraineté nationale".
Selon un sondage réalisé avant les dernières annonces américaines et publié jeudi par l'institut AtlasIntel, son taux d'opinions favorables a atteint 50,2%, redevenant majoritaire pour la première fois depuis le mois d'octobre.
"Le gouvernement brésilien considère comme injustifiable l'utilisation d'arguments politiques pour valider" la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis, a dit le président brésilien mercredi.
Le même jour, Washington a également dégainé de nouvelles sanctions contre le juge Alexandre de Moraes, chargé du procès Bolsonaro à la Cour suprême brésilienne.
Ces sanctions entraînent le gel des éventuels avoirs détenus par le juge Moraes aux Etats-Unis ainsi que l'interdiction pour des citoyens ou entreprises américaines de faire affaire avec lui. Il "n'a pas de biens aux Etats-Unis", a répondu à l'AFP une source de la Cour suprême.
Pour Lula, c'est une "ingérence inacceptable dans la justice brésilienne", due à "l'action de politiciens brésiliens qui trahissent notre patrie en défense de leurs propres intérêts".
Il vise sans le citer Eduardo Bolsonaro, fils de l'ex-président, qui a mis entre parenthèses son mandat de député pour pratiquer un efficace lobbying auprès des autorités américaines contre les autorités brésiliennes, et notamment la magistrature.
P.Staeheli--VB