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Russie: Max, l'application "tout-en-un" préférée des autorités
Max, "messagerie nationale" sans chiffrement, s'impose bon gré mal gré auprès des Russes grâce à une promotion massive et aux blocages de WhatsApp et Telegram par les autorités au nom de l'indépendance de Moscou vis-à-vis de l'étranger.
"Toute donnée qui transite par cette application-là, vous pouvez la considérer aux mains de son propriétaire, et donc ici, aux mains de l'État russe", estime auprès de l'AFP le chercheur Baptiste Robert, directeur général de la société française spécialisée en cybersécurité Predicta Lab.
L'application lancée en 2025 par le géant des réseaux sociaux russe VK est conçue comme un couteau-suisse numérique pas obligatoire, mais pas non plus optionnel.
Elle répond à un besoin de "sécurité" et de "souveraineté technologique", justifie le président Vladimir Poutine.
"C'est le point culminant des politiques de création d'un internet souverain", souligne à l'AFP Mariëlle Wijermars, professeure associée en gouvernance de l'internet à l'université de Maastricht.
"La Russie veut restructurer l'internet (russe) pour mieux contrôler ce qui est publié et partagé", notamment en faisant "migrer tous les Russes vers des plateformes plus contrôlées par l'Etat", estime-t-elle.
- Messages, carte d'identité -
Max, pré-installée depuis septembre sur les téléphones et tablettes vendus en Russie, offre un design familier, proche de celui de Telegram, avec conversations entre utilisateurs, chaînes et autocollants mignons.
Surtout, elle ne souffre pas d'interruption lors des suspensions de plus en plus fréquentes des réseaux de données mobiles par les autorités.
Au contraire, les très populaires WhatsApp et Telegram sont bloquées par les autorités et ne fonctionnent plus qu'avec un VPN, dont faire la publicité est interdit en Russie et qu'il faut éteindre et rallumer constamment car il interfère avec d'autres applications.
Un temps limitée aux détenteurs d'une carte SIM russe ou bélarusse, l'application est désormais accessible en anglais et aux opérateurs de 40 pays, dont les ex-républiques soviétiques d'Asie centrale, Cuba et le Pakistan, mais ni l'Ukraine ni les pays de l'UE.
"On peut y envoyer des messages, des photos et des vidéos. De quoi a-t-on besoin de plus?", demande Iékaterina, une professeure de danse de 35 ans.
Aucun des Russes interrogés n'a souhaité donner son nom de famille.
Irina, médecin de 45 ans, est "obligée" d'utiliser Max "pour les activités scolaires" de ses enfants, et "pour accéder au site Gossouslougui".
C'est via ce portail officiel que ses patients peuvent prendre rendez-vous et accéder à une abondance d'autres services institutionnels.
Max revendiquait 100 millions d'utilisateurs début mars, ainsi qu'une interconnexion croissante avec les services publics essentiels.
- "On nous surveille déjà" -
"Plus de 2,6 millions de citoyens" y ont déjà créé leur carte d'identité numérique, selon le député du parti au pouvoir Sergueï Boïarski en février, notamment "pour confirmer leur âge lors de l'achat de produits réservés aux plus de 18 ans".
Après une loi sur "l'internet souverain" adoptée en 2019, l'agence russe de surveillance des télécommunications Roskomnadzor et les services de sécurité bénéficient de capacités technologiques et légales croissantes pour surveiller et bloquer sites et applications jugés dangereux.
Max, au contraire de WhatsApp et Telegram, ne chiffre pas les données de bout-en-bout et les conserve exclusivement sur des serveurs en Russie, selon les conditions d'utilisation consultées par l'AFP.
Varvara, interprète de 35 ans, n'y voit pas de problème car elle n'est "pas un agent de l'étranger", un label utilisé par les autorités russes pour réprimer leurs détracteurs.
"On nous surveille déjà de partout", renchérit Alexandra, une scientifique de 32 ans qui se refuse à télécharger Max uniquement "par esprit de contradiction" contre sa promotion omniprésente.
Dmitri Zakhartchenko, fondateur de l'agence russe d'analyses GRFN, parle d'une "modération" qui garantit une "meilleure sécurité" des utilisateurs.
Les autorités accusent au contraire Telegram d'être utilisé pour des escroqueries et pour organiser des actes terroristes.
- Alternatives -
M. Zakhartchenko reproche surtout à Max sa promotion "agressive", qui "relève plutôt des pancartes soviétiques que de l'économie de marché".
Irina, elle, affirme qu'elle va "acheter une autre carte SIM pour télécharger MAX sur un autre téléphone pour protéger [ses] correspondances".
Même Varvara, finalement, a supprimé Max, lui préférant IMO, une autre application moins connue, américaine et chiffrée.
"La résistance est toujours possible", estime la chercheuse Mariëlle Wijermars, mais l'utilisation d'une multitude d'applications différentes mène à une "fragmentation de la société", "dispersée" à l'intérieur du pays et "détachée" du reste du monde.
Natacha, femme au foyer de 48 ans, se sert "très peu" de Max, mais estime que "tôt ou tard, il n'y aura plus d'alternative".
J.Sauter--VB