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A Taïwan, un mémorial pour les prisonniers alliés rend hommage à ces "oubliés"
Sur un mur de granit, plus de 4.000 noms de militaires à consonance anglo-saxonne: à Taïwan, un mémorial construit sur le site d'un ancien camp japonais rend hommage à des prisonniers de guerre longtemps oubliés.
Le mémorial des prisonniers de guerre de Taïwan, situé sur le site de Kinkaseki (appelé localement Jinguashi) à une trentaine de kilomètres à l'est de Taipei, était l'un des douze camps gérés par le Japon sur l'île qu'il a gouvernée de 1895 jusqu'à sa défaite en 1945.
Selon Michael Hurst, un historien militaire amateur canadien basé à Taipei, peu de choses étaient connues sur les camps de prisonniers de guerre pendant des décennies.
De nombreux survivants avaient refusé de parler, et les musées ainsi que les universitaires avaient passé sous silence "les horreurs" commises à Taïwan, a déclaré M. Hurst à l'AFP.
A partir de 1942, plus de 4.300 militaires alliés capturés sur les champs de bataille d'Asie du Sud-Est ont été envoyés à Taïwan dans des "bateaux de l'enfer" japonais.
La plupart étaient Américains ou Britanniques, mais il y avait aussi des Australiens, des Néerlandais, des Canadiens et des Néo-Zélandais.
A la fin de la guerre, 430 hommes étaient morts de malnutrition, de maladie, de surmenage et de torture.
- "L'un des pires camps" -
Les conditions des camps taïwanais ont longtemps été éclipsées par le "chemin de fer de la mort" japonais entre la Birmanie et la Thaïlande, rendu "célèbre" à la fin des années 1950 par le film "Le Pont de la rivière Kwaï"
Mais à mesure que les récits sur Kinkaseki ont commencé à émerger, le camp est devenu "connu comme l'un des pires camps de prisonniers de guerre de toute l'Asie", affirme M. Hurst.
Le père de la cinéaste canadienne Anne Wheeler, médecin de profession, figurait parmi les plus de 1.100 prisonniers de guerre détenus à Kinkaseki.
Elle et ses frères aînés "ont grandi sans rien savoir" des épreuves endurées par leur père.
Dans ce camp, les hommes étaient contraints de travailler dans une mine de cuivre. Après la mort de son père en 1963, Mme Wheeler a découvert ses journaux intimes et les a adaptés dans le documentaire "A War Story".
Lorsque son père est arrivé à Kinkaseki, Mme Wheeler a déclaré que les hommes qui s'y trouvaient "étaient déjà affamés et surmenés, et souffraient de nombreuses blessures liées au travail dans les mines".
Ils tombaient également malades, atteints de "béribéri, de paludisme, de dysenterie, et le nombre de décès augmentait rapidement".
Ben Wheeler, spécialiste de médecine tropicale jusque là affecté à Singapour, devait faire preuve d'" inventivité" avec les ressources rudimentaires dont il disposait pour soigner ses camarades prisonniers.
Les appendices et les amygdales enflammés, par exemple, devaient être retirés sans anesthésie à l'aide d'une lame de rasoir, car "c'était tout ce dont il disposait", explique-t-elle.
- "Jamais étudié" -
Quatre-vingts ans après la capitulation du Japon, les anciens prisonniers de guerre détenus à Taïwan sont tous décédés, et il ne reste que peu de traces physiques des camps.
A 77 ans, M. Hurst continue de faire vivre leur histoire à travers une association mémorielle et des visites guidées.
Son livre "Never Forgotten" s'appuie sur des entretiens avec plus de 500 vétérans, ainsi que des journaux intimes et des correspondances.
Un poteau qui tenait autrefois un portail, et le pan d'un mur sont tout ce qui reste aujourd'hui du camp de Kinkaseki, entouré de collines verdoyantes et vallonnées, dans un quartier résidentiel de Jinguashi.
Le jour où l'AFP s'est rendue sur place, une Taïwanaise participant à une visite avec M. Hurst a déclaré qu'elle n'avait "jamais étudié" cette partie de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale à l'école.
C'est pourtant "très important, car cela fait partie de l'histoire de Taïwan", a déclaré cette femme de 40 ans.
M. Hurst reçoit encore des courriels de familles de prisonniers de guerre cherchant à savoir ce qui est arrivé à leurs proches.
"Ils savaient ce qu'ils avaient enduré, et ils savaient que personne d'autre ne le savait", indique-t-il, expliquant que beaucoup ont gardé leur traumatisme pour eux pendant des années.
P.Keller--VB