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La flavescence dorée plonge les viticulteurs hongrois en plein désarroi
La mort dans l'âme, Viktor Keszler a dû arracher ses jeunes vignes après seulement trois vendanges, en raison de l'épidémie de flavescence dorée qui menace la quasi-totalité des vignobles hongrois.
"On tente de traiter le vignoble par pulvérisation (d'insecticides, ndlr) pour limiter la propagation", confiait fin novembre à l'AFP ce producteur du village de Zalaszentgrot, dans la région aux collines ondulantes de Zala (sud-est).
"Mais cela ne sert à rien: les cicadelles (des insectes suceurs de sève, ndlr) vectrices de la maladie se déplacent vers des vignobles non traités ou des vignes sauvages à proximité et reviennent infectées", déplore le viticulteur de 45 ans, qui a déjà perdu un demi-hectare sur les quatre de son domaine.
La Hongrie, 14e pays producteur de vin avec 270 million litres en 2024 selon l'Organisation internationale du vin (OIV), est célèbre pour ses régions viticoles comme celle du Tokaj, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco.
Mais comme dans de nombreux autres pays européens, la flavescence dorée, l'une des maladies de la vigne "les plus dangereuses" d'après l'OIV, menace de décimer des parcelles entières.
La maladie, qui a été détectée officiellement pour la première fois en 2013, s'est étendue cette année à 21 des 22 régions viticoles du pays. Une propagation éclair qui a abasourdi les viticulteurs hongrois et sonné l'alarme.
- "Trop tard" -
"Si nous ne prenons pas cela au sérieux, cela pourrait pratiquement anéantir la production de raisin en Hongrie", a averti le président du Conseil national des communautés viticoles Janos Frittmann mi-novembre, lors de la conférence annuelle des vignerons.
Selon lui, la flambée de la maladie a pris l'industrie au dépourvu.
"Jusqu'à présent, les vignerons n'étaient probablement pas assez inquiets, beaucoup ne connaissaient même pas les symptômes", a-t-il déclaré à l’AFP.
Des feuilles qui jaunissent sont parmi les signes de la maladie, qui s'est amplifiée en raison du réchauffement climatique, favorable au développement des cicadelles, selon les experts.
Le gouvernement hongrois a débloqué en urgence environ 10 millions d'euros en septembre et ces derniers mois, des inspecteurs ont ainsi contrôlé près de 8.700 hectares de vignobles et recueilli des milliers d'échantillons, a indiqué à l'AFP le ministère de l'Agriculture, qui estime avoir "réagi rapidement" et fait en sorte de ralentir la propagation de la maladie au cours des 12 dernières années.
Un constat que ne partage pas Gergely Gaspar, à la fois exploitant viticole et conseiller en produits phytosanitaires.
Selon lui, le gouvernement n'a pas pris la mesure du fléau et laissé le département de la protection des plantes de l'Autorité de sécurité alimentaire NEBIH en situation de "sous-effectifs et sous-financement".
Par exemple, dans les vignobles de Monor, près de la capitale Budapest, l'autorité n'a procédé à aucune inspection aléatoire pendant six ans, a-t-il affirmé à l'AFP.
Et quand des échantillons sont prélevés, leur analyse peut s'éterniser faute de capacités dans les laboratoires, dénonce encore M. Gaspar, qui a perdu toutes ses vignes près de Monor.
Face à l'étendue des dégâts, M. Keszler dit avoir parfois le sentiment de mener une lutte "sans espoir". "Mais si l'État et les autorités locales s'impliquent, alors nous pouvons réussir", estime-t-il cependant.
Elisa Angelini, responsable du service de détection des maladies au Centre de recherche Viticulture et Oenologie en Vénétie (CREA-VE), souligne que "la maladie est généralement découverte dans une nouvelle zone en moyenne quatre ans après l'infection, quand il est déjà trop tard pour l'éradiquer".
Les viticulteurs hongrois vont donc devoir, selon elle, apprendre à vivre avec cette maladie, comme avant eux leurs confrères en France où elle a été détectée pour la première fois en 1949, et en Italie.
R.Fischer--VB