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Le Brésil fustige la volte-face de Meta sur le fact-checking
Après l'annonce par Meta de l'arrêt de son programme de fact-checking aux Etats-Unis, les autorités brésiliennes ont haussé le ton mercredi, à l'image d'un juge de la Cour suprême fustigeant "les bravades de dirigeants irresponsables" des géants du numérique.
Sidonio Palmeira, fraîchement nommé ministre de la Communication par le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, a jugé "mauvaise pour la démocratie" la décision de l'entreprise de Mark Zuckerberg, qui regroupe les plateformes Facebook, Instagram et WhatsApp.
De son côté, le parquet fédéral de Sao Paulo a annoncé avoir donné 30 jours à Meta pour expliquer si cette décision "s'appliquera ou non au Brésil", afin d'"évaluer", le cas échéant, "dans quelle mesure elle peut avoir un impact sur les droits des usagers de ces plateformes".
"Les réseaux sociaux ne sont pas des terres sans loi. Au Brésil, elles ne continueront à opérer que si elles respectent la législation, peu importent les bravades de dirigeants irresponsables des big techs", a lancé le juge de la Cour suprême (STF) Alexandre de Moraes, lors d'un discours à Brasilia.
L'an dernier, il avait ordonné la suspension de cette plateforme, restée bloquée pendant 40 jours au Brésil, pour non-respect de décisions judiciaires réclamant notamment la suppression de comptes soupçonnés de désinformation.
Auparavant, Elon Musk avait accusé à maintes reprises le juge Moraes de "censure", le qualifiant de "dictateur" et le comparant à Voldemort, le méchant de la saga Harry Potter.
- "Mauvais pour la démocratie" -
Mardi, Mark Zuckerberg avait évoqué lors de son annonce sur les réseaux sociaux des "tribunaux secrets en Amérique latine qui peuvent ordonner silencieusement à des entreprises de supprimer" des contenus sur les plateformes numériques.
"C'est une déclaration très forte, qui qualifie le STF de +cour secrète+", avait réagi dans la foulée Joao Brant, secrétaire chargé des politiques numériques auprès de la présidence brésilienne, accusant le patron de Meta de "chercher à servir les intérêts" du président élu américain Donald Trump.
Selon le ministre de la Communication Sidonio Palmeira, la décision du groupe nuit au "contrôle de la prolifération du discours de haine et de la désinformation".
"Ce contrôle est nécessaire, il faut que les réseaux sociaux soient régulés, comme c'est le cas en Europe", a ajouté ce publicitaire responsable de la campagne pour l'élection qui a permis à Lula d'obtenir un troisième mandat fin 2022, en battant au second tour son prédécesseur d'extrême droite Jair Bolsonaro.
Le STF a débuté en novembre des débats sur la régulation des réseaux sociaux et leur responsabilité face à la désinformation, un débat qui devrait durer plusieurs mois.
- Tolérance zéro -
Mercredi, Lula a évoqué le thème de la désinformation lors d'une cérémonie en "défense de la démocratie", deux ans après les émeutes du 8 janvier 2023 à Brasilia, quand des partisans de Jair Bolsonaro avaient saccagé les lieux de pouvoir, une semaine après l'investiture du président de gauche.
"Nous défendons et nous défendrons toujours la liberté d'expression. Mais nous ne tolérerons pas le discours de haine et la désinformation, qui mettent en péril la vie des gens et incitent à la violence contre l'Etat de droit", a déclaré le président brésilien.
L'annonce de Meta a en revanche été saluée par Jair Bolsonaro, condamné à huit ans d'inéligibilité en 2023 pour avoir disséminé de fausses informations sur les urnes électroniques utilisées au Brésil.
Ce dernier a partagé sur son compte X une publication affirmant que "Mark Zuckerberg a reconnu que sa politique de vérification des informations était allée +trop loin+ et annonce la fin de la censure sur les réseaux sociaux".
L'AFP participe dans plus de 26 langues à un programme de fact-checking développé par Facebook, qui rémunère plus de 80 médias à travers le monde, y compris au Brésil, pour utiliser leurs "fact-checks" sur sa plateforme, sur WhatsApp et sur Instagram .
M.Schneider--VB