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Au Groenland, la détresse sanitaire des villages isolés
A Kapisillit, à 75 km de la capitale du Groenland, la cheffe du village se bat pour obtenir un défibrillateur dont le hameau de 35 habitants est cruellement dépourvu, symbole des failles du système de santé sur l'immense territoire autonome danois, pointées du doigt par le président américain.
Isolé, le village n'est accessible qu'après deux heures de bateau, ou par hélicoptère. Pour un infarctus, "ce sera trop tard", lâche Heidi Nolsø à l'AFP.
Samedi, Donald Trump a annoncé vouloir "envoyer un grand navire hôpital au Groenland", qu'il convoite, "pour prendre soin des nombreuses personnes qui sont malades et qui ne sont pas soignées là-bas", sans préciser qui pourrait en bénéficier.
"Non, merci", a répondu dimanche le Premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, mettant en avant "le système de santé public où les soins sont gratuits pour les citoyens".
Néanmoins, pour les Groenlandais, ces déclarations "touchent un nerf à vif", reconnait sur Facebook la ministre de la Santé du Groenland, Anna Wangenheim.
Même si "les défis structurels ne se résolvent pas par des initiatives isolées et symboliques venues de l'extérieur", insiste-t-elle.
Comme au Danemark, l'accès aux soins est gratuit au Groenland, qui gère lui-même son système de santé mais travaille beaucoup avec du personnel danois.
L'île arctique compte cinq hôpitaux régionaux, celui de Nuuk, la capitale, accueillant des patients venus de tout le territoire.
Dans les faits, accéder aux soins relève du parcours du combattant pour les 35 habitants de Kapisillit.
Mme Nolsø, qui souffre d'hypertension, gère elle-même son suivi médical.
"Je sais quand je dois faire des prises de sang, personne ne s'en occupe. L'hôpital oublie, tout simplement", dit amère la quadragénaire.
Si le village compte un cabinet médical, celui-ci est abandonné depuis des mois, faute de praticien, et se déplacer pour être soigné coûte cher.
Se rendre à Nuuk par la navette hebdomadaire revient à plus d'une centaine d'euros, et le prix moyen d'un hôtel de la capitale, pour ceux qui n'ont pas de proches pour les héberger, est du même ordre.
Le manque de suivi est responsable de la découverte tardive de cancers, principale cause de mortalité au Groenland, d'autant qu'avec l'exode rural, le village est en majorité composé de personnes âgées.
Selon l'institut statistique groenlandais, l'espérance de vie sur l'île arctique est de 69,6 ans pour les hommes et 73,5 pour les femmes, soit bien moins qu'au Danemark, où l'on vit en moyenne dix ans de plus.
- Un dentiste une fois par an -
Kaaleeraq Ringsted, le catéchiste de la petite paroisse, vit seul, à 74 ans. Sa dentition est très dégradée et, avec l'âge, le risque de cancer augmente.
Les consultations avec un médecin n'ont lieu que par visioconférence. Ceux qui n'ont pas accès à internet, à cause du prix excessif, se connectent depuis la petite mairie.
Une fois par an, un dentiste passe dans Kapisillit pour pratiquer des interventions. Mais les soins dentaires ne sont majoritairement pas pris en charge.
Enfin, dans ce village où la nature est omniprésente, très peu sont vaccinés contre la rage. À la place, les habitants se déplacent avec un fusil, prêts à abattre tout renard qui présenterait un comportement étrange.
- "Retards accumulés" -
Dimanche, la ministre de la Santé du Groenland a reconnu des "retards accumulés dans le système de santé", estimés à "quelque 1 milliard de couronnes (93 millions d'euros).
Le recrutement du personnel de santé est "l'une des principales causes des difficultés auxquelles nous faisons face, avec des conséquences directes sur la qualité, la continuité et l'accessibilité des soins dans tout le pays", a-t-elle écrit.
Pour la cheffe de Kapisillit, la maîtrise obligatoire du danois pour travailler dans le système de santé des territoires du Danemark, complique l'arrivée de médecins étrangers, qui pourrait pallier le manque.
Si le Groenland a besoin de "renforcer ses capacités" et de "réduire les inégalités" avec le Danemark, le travail entre les deux pays "est déjà en bonne voie", assure la ministre.
T.Zimmermann--VB