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Dermatose: des agriculteurs s'opposent aux abattages en Ariège, intervention des gendarmes en cours
Les gendarmes ont lancé jeudi après-midi une opération visant à déloger les agriculteurs qui s'opposent à l'abattage de plus de 200 bovins, après la découverte mardi d'un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans cet élevage d'Ariège.
Plusieurs centaines d'agriculteurs, notamment de la Coordination rurale mais aussi de la Confédération paysanne, occupent depuis mercredi matin les abords de cette ferme située dans le village des Bordes-sur-Arize pour empêcher que ce troupeau ne soit euthanasié comme le prévoit le protocole de lutte contre la DNC.
Avec des dizaines de tracteurs, des troncs d'arbres, ils obstruent les routes menant à l'exploitation, a constaté l'AFP.
"Compte tenu de la persistance des blocages et afin de permettre l'accès sécurisé à l'exploitation, d'importants moyens sont mobilisés sur le secteur des Bordes-sur-Arize", a annoncé la préfecture dans un communiqué, appelant "au calme et à la responsabilité de chacun".
- "résistance" -
Trente minutes après le lancement de l'opération, les véhicules de gendarmerie mobile n'étaient toujours pas visibles depuis la ferme. Pour l'heure, il est impossible aux services vétérinaires d'accéder à l'étable où sont rassemblées plus de 200 blondes d'Aquitaine.
"Notre intention est d'empêcher (l'abattage)", a déclaré dans la matinée Jérôme Bayle, figure régionale du mouvement de protestation agricole, assurant que les deux frères propriétaires du troupeau "sont totalement opposés à l'abattage total".
"C'est vraiment une place de résistance et j'espère qu'elle va tenir le plus longtemps possible", a pour sa part assuré Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale (CR).
Au micro de la radio Ici Occitanie, le préfet de l'Ariège Hervé Brabant avait auparavant averti que la stratégie d'abattage était la seule efficace "pour préserver le cheptel français".
"Les mesures sanitaires qui s'imposent conduisent à ce que le troupeau soit abattu, c'est la meilleure solution qu'on puisse apporter. Aujourd'hui c'est la seule solution qui fonctionne", a-t-il assuré.
- Protocole expérimental -
Les syndicats agricoles locaux et la chambre d'agriculture de l'Ariège ont proposé mercredi un protocole expérimental au ministère de l'Agriculture, demandant notamment que seules les vaches contaminées soient abattues et qu'une campagne de vaccination massive soit lancée: des propositions refusées selon Jérôme Bayle.
Jusqu'ici, la règlementation visant à stopper la propagation de la maladie prévoit que l'ensemble du troupeau concerné soit abattu et l'instauration de "zones règlementées" dans un rayon de 50 km autour du foyer de DNC, un périmètre dans lequel les déplacements de bovins sont interdits ou restreints et où les bêtes sont vaccinées.
Dans les Hautes-Pyrénées, un autre troupeau d'une vingtaine de bovins doit être abattu vendredi, a annoncé jeudi le préfet du département Jean Salomon. Dans cette exploitation située dans le village de Luby-Betmont, quelques dizaine d'éleveurs sont également mobilisés pour empêcher l'intervention des services vétérinaires.
"Les tentatives de blocage ou les regroupements observés en proximité des exploitations font courir à tous les éleveurs un risque de propagation supplémentaire de la maladie", s'est inquiété le préfet des Hautes-Pyrénées.
- "le feu dans les campagnes" -
"La mobilisation paye, ça a retardé l'échéance", considère Bertrand Venteau, appelant également à une vaccination massive et à "une grande unité du monde agricole".
La ministre de l'Agriculture "Annie Genevard doit changer sa politique, sinon elle va nous foutre le feu dans les campagnes", a-t-il poursuivi, estimant que la maladie "n'est pas sous contrôle".
Apparue en juin en France et non transmissible à l'humain mais pouvant entraîner la mort de bovins, la DNC est "sous contrôle" assure de son côté le ministère de l'Agriculture, qui a ouvert mardi "des réflexions" sur la vaccination préventive du cheptel français.
Contrairement à la CR et à la Confédération paysanne, la FNSEA y est plus réticente en raison du "risque d'effondrement des exportations et des prix" qu'elle pourrait entraîner, a expliqué mardi à l'AFP son président, Arnaud Rousseau.
Les cas détectés de DNC dans l'Ariège et les Hautes-Pyrénées sont les premiers recensés dans ces départements depuis la détection du premier foyer en Savoie le 29 juin 2025.
En Occitanie, une centaine de manifestants avaient tenté de s'opposer début novembre à l'abattage de 80 bovins dans un élevage touché par la DNC à Thuès-Entre-Valls, dans les Pyrénées-Orientales. Ils avaient été délogés par les gendarmes avant que les services vétérinaires ne procèdent aux euthanasies.
P.Keller--VB