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Inde: les mines artisanales, legs meurtrier de la rébellion maoïste
Elles sont le legs meurtrier d'une des plus anciennes rébellion d'Asie. Dissimulées le long des pistes forestières du centre de l'Inde, des centaines de mines artisanales posées par les insurgés maoïstes menacent toujours la population, malgré la paix retrouvée.
Le ministre de l'Intérieur indien Ahmit Shah a officiellement proclamé le mois dernier la défaite de la guérilla des Naxalites - du nom du village où la révolte a débuté en 1967 - qui a fait plus de 12.000 morts.
Les derniers combattants ont déposé les armes et les camions chargés de minerai de fer ont remplacé les véhicules blindés des forces de sécurité sur les routes qui sillonnent la jungle de l'Etat de Chhattisgarh.
Mais une menace persiste. Celle des milliers d'engins explosifs improvisés (IED dans son acronyme anglais) dissimulés sous les pistes et les chemins de la région.
Même de conception rudimentaire - souvent des billes ou des morceaux de métal enfouis dans une banale boîte qui explose sous la pression d'un pas - ces armes sont particulièrement redoutées des membres des forces de sécurité qui ont combattu la rébellion.
"Si vous demandez à un soldat ce dont il a le plus peur, il ne vous répondra pas les balles mais les IED, parce qu'on ne sait jamais quand on met le pied dessus", décrit Kishan Hapka, 23 ans, des District Reserve Guards, la principale unité paramilitaire engagée contre les Maoïstes.
- "Chanceux" -
Le danger est gravé dans sa chair. Sa jambe gauche a été arrachée par l'une de ces mines un soir de juillet 2024. "Je dis toujours que j'ai eu de la chance", raconte-t-il, "trois autres soldats en sont morts".
Selon les statistiques de la police, ces pièges explosifs ont tué près de 500 soldats et en ont blessé un millier d'autres ces vingt-cinq dernières années.
Utilisés en priorité contre les troupes gouvernementales, ils l'ont aussi été contre les populations autochtones dont les rebelles maoïstes prétendaient défendre la cause. La police fait état de plus de 150 morts et 250 blessés dans les rangs des civils à cause de ces engins.
Tama Jogi, 65 ans, en est l'une des victimes.
L'été dernier, elle parcourait la forêt quand elle a marché au mauvais endroit. Sa jambe droite a volé en éclats.
"Je n'entendais plus rien et j'ai perdu connaissance", se souvient-elle. "J'ai retrouvé mes esprits à l'hôpital, ils étaient en train de nettoyer ma blessure". Amputée, elle n'a jamais bénéficié d'aucune réparation ou indemnité, que les autorités réservent aux seuls soldats.
Les combats ont beau avoir pris officiellement fin, les autorités locales continuent à s'inquiéter.
"Ces mines sont un gros problème", concède le chef adjoint de l'exécutif du Chhattigarsh, Vijay Sharma. "Nous en découvrons des dizaines tous les jours (...) ensevelies sous une mare, le long d'une route, sur la berge d'une rivière, partout..."
- "Presque nettoyé" -
En janvier, Raju Modiyam, 35 ans, en a souffert sur un petit chemin proche de son village de Lankapali, qu'il croyait épargné par les rebelles parce que connu pour être très fréquenté par la population civile.
"Dès que j'ai posé le pied dessus, ma jambe a explosé. Elle était déchiquetée. Il y avait du sang partout", rapporte cet homme, désormais contraint de marcher avec une béquille faute d'avoir pu se payer une prothèse.
La police assure avoir désamorcé et déterré l'an dernier 900 mines artisanales des seules forêts qui encerclent la ville de Bastar. Et 300 autres depuis le début de l'année.
"Nous ne sommes pas en mesure d'affirmer que le secteur est à 100% nettoyé", s'empresse de préciser le chef de la police, Sundarraj P.
"Il n'y a jamais eu de démarcation claire entre les zones contrôlées par les rebelles et celles que nous contrôlions", plaide-t-il, "mais 98% du travail a été fait".
Pas de quoi toutefois rassurer Raju Modiyam. "La peur est toujours là", dit-il. "Nous n'allons plus dans la jungle tellement nous redoutons de marcher sur un IED".
P.Staeheli--VB