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Pedro Sánchez, propulsé chef de file des progressistes mondiaux en partie grâce à Trump
Le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez est devenu une figure de proue de la gauche dans le monde, notamment par des échanges houleux avec Donald Trump, un statut qu'il devrait conforter en accueillant vendredi à Barcelone un sommet des progressistes mondiaux.
Entre ses clashs répétés avec le président américain, ses virulentes critiques à l'égard d'Israël et une politique ouverte à l'immigration en Espagne, Pedro Sánchez fait figure d'exception au sein d'une Europe qui penche depuis des années vers la droite.
Dernier épisode en date: son opposition fermement affichée à la guerre contre l'Iran, malgré la menace de représailles commerciales brandies par Donald Trump lorsque l'Espagne a refusé aux Américains l'usage de bases militaires sur son sol.
Pedro Sánchez est aussi l'un des rares dirigeants occidentaux de premier rang à avoir qualifié de "génocide" la guerre menée par Israël à Gaza après l'offensive du Hamas en octobre 2023.
Grâce à ces prises de position, l'Espagne "a gagné en leadership, en influence et en visibilité dans de nombreux pays", explique à l'AFP Ignacio Molina, chercheur à l'Institut Real Elcano de Madrid, citant en particulier le monde arabe ou l'Amérique latine.
D'autres pays s'opposent aussi à Israël et aux Etats-Unis, mais l'Espagne, en raison de son appartenance à l'Otan et à l'Union européenne, a par exemple plus de poids que l'Irlande ou la Norvège, ajoute-t-il, évoquant les deux pays qui avaient reconnu l'Etat palestinien en même temps que Madrid en mai 2024.
"L'Espagne pèse davantage parmi les grands pays de l'Union européenne qu'auparavant", abonde Joan Botella, professeur de science politique à l’Université autonome de Barcelone.
- "Némésis de Trump" -
Et de fait, Pedro Sánchez, qui préside actuellement l'Internationale socialiste, semble attirer de plus en plus l'attention des médias internationaux et a par exemple signé des tribunes dans le New York Times ou le Monde diplomatique.
"Pedro Sánchez est devenu le porte-étendard de l'opposition politique occidentale au président des États-Unis", écrivait le Wall Street Journal en mars, le Financial Times le dépeignant de son côté en "Némésis de Trump en Europe" (son ennemi juré).
Le sommet "Global Progressive Mobilisation" qui se tient vendredi et samedi à Barcelone, pendant deux jours, devrait offrir au leader socialiste une nouvelle occasion de se poser en chef de file de la gauche au niveau international.
Les chefs d'Etats brésilien Lula, sud-africain Cyril Ramaphosa et mexicain Claudia Sheinbaum doivent notamment assister à cette rencontre, qui vise, selon ses organisateurs, à mobiliser face à la montée de l'extrême droite.
"Nous, les partis et les gouvernements progressistes, devons nous unir, dire aux citoyens que nous appartenons à quelque chose qui va au-delà de la politique intérieure, de nos frontières, et qui consiste à avoir un regard positif et humaniste", a déclaré Pedro Sánchez mardi en Chine, lors de sa quatrième visite en quatre ans dans le pays.
Mais alors que l'Espagnol monte en puissance sur la scène internationale, il divise dans son pays, où il n'a jamais disposé de majorité parlementaire depuis son arrivée au pouvoir en 2018, et où plusieurs de ses proches, alliés politiques et membres de sa famille, sont au coeur d'enquêtes et de procès pour corruption.
- "Plus à y gagner qu'à y perdre" -
Pedro Sánchez "joue à fond la carte de la politique étrangère, parce que c'est là qu'il est à l'aise et qu'une majorité de l'opinion publique lui est favorable", pointe Joan Botella.
Plus de 68% des Espagnols étaient opposés à la guerre contre l'Iran, y compris parmi les électeurs du Parti populaire (PP), principal parti d'opposition, selon un sondage publié en mars dans le quotidien El Pais.
"Les Espagnols ont un complexe d'infériorité quand ils sortent de chez eux. Et à ce niveau-là, la figure de Pedro Sánchez fait du bien" à beaucoup de gens, même au-delà de son électorat, poursuit Joan Botella.
Le PP l'accuse, lui, de s'être servi de la politique étrangère pour reconquérir les électeurs et détourner l'attention des scandales qui visent ses proches et son parti.
"Il utilise cette image de dirigeant progressiste, opposé à Trump, pour capter le vote de gauche", analyse aussi Juan Tovar Ruiz, professeur de relations internationales à l'Université de Burgos.
Mais pareille stratégie a "des conséquences au niveau européen" où l'Espagne pourrait perdre le soutien de certains alliés traditionnels dirigés par la droite, comme l'Allemagne et l'Italie, mettent en garde Juan Tovar Ruiz ou Ignacio Molina.
"Mais en fin de compte, il y a plus à y gagner qu'à y perdre", juge Ignacio Molina.
O.Schlaepfer--VB